La règle de départ : une retenue proportionnelle, jamais une sanction
Le droit de grève suspend l'obligation de travailler et, en contrepartie, l'obligation de payer. L'employeur peut donc déduire du salaire le temps non travaillé. La fiche officielle du secteur privé pose la limite : la retenue sur la rémunération doit être proportionnelle à la durée de l'arrêt de travail, et toute retenue supérieure est interdite. Le salarié n'a pas non plus à respecter de préavis dans le privé, la grève peut commencer à tout moment, et il ne peut être ni sanctionné ni licencié pour avoir fait grève. Sont également exclues les discriminations, comme un refus d'augmentation motivé par la participation à un mouvement.
Cette règle de proportionnalité est le point de départ de tous les calculs de cette page. Une retenue qui dépasse le temps réellement perdu devient une sanction pécuniaire, interdite par le Code du travail. Inversement, l'employeur qui ne retiendrait rien commettrait une libéralité qu'il n'est pas tenu de faire, sauf accord de fin de conflit.
Le calcul dépend du statut : le salarié du privé relève de la proportion horaire ou journalière, l'agent de la fonction publique de la règle du trentième. Les deux sections suivantes séparent ces deux univers.
Salarié du privé : le calcul à l'heure près
Dans le secteur privé, la méthode exposée par la CGT consiste à diviser le salaire mensuel par le nombre d'heures réellement travaillées dans l'entreprise pendant le mois concerné, puis à multiplier le résultat par le nombre d'heures de grève. Selon la CGT, une retenue calculée sur la base forfaitaire de 151,67 heures serait irrégulière pour un salarié mensualisé, parce que le résultat varie d'un mois à l'autre selon le nombre de jours travaillés.
Exemple : un salarié non cadre rémunéré 2 500 € brut par mois, dans un mois où l'entreprise a travaillé 154 heures (22 jours de 7 heures). Le coût horaire de la retenue est de 2 500 ÷ 154 = 16,23 €.
| Durée de grève | Heures retenues | Retenue brute | Salaire brut restant |
|---|---|---|---|
| 2 heures | 2 h | 32,47 € | 2 467,53 € |
| 1 journée | 7 h | 113,64 € | 2 386,36 € |
| 3 journées | 21 h | 340,91 € | 2 159,09 € |
| 1 semaine | 35 h | 568,18 € | 1 931,82 € |
Dans un mois plus court de 147 heures (21 jours), l'heure de grève coûterait 17,01 € au lieu de 16,23 €, soit 5 % de plus. C'est l'argument des syndicats contre le diviseur fixe : la retenue d'une même journée change selon le calendrier.
Du brut au net : ce que la retenue change vraiment sur le virement
La retenue porte sur le brut, mais le virement baisse moins, car les cotisations salariales, la CSG et la CRDS sont calculées sur un salaire plus faible. Le prélèvement à la source diminue aussi, ou reste stable, parce que le taux appliqué dépend de la base mensuelle. Avec les paramètres 2026 et le taux neutre, voici l'effet pour le salarié à 2 500 € brut de l'exemple précédent.
| Situation | Brut | Net avant impôt | Net à payer |
|---|---|---|---|
| Mois complet | 2 500,00 € | 1 978,99 € | 1 919,54 € |
| 1 journée de grève | 2 386,36 € | 1 889,04 € | 1 832,28 € |
| 3 journées de grève | 2 159,09 € | 1 709,13 € | 1 686,11 € |
La journée de grève retire 113,64 € du brut, mais seulement 89,95 € du net avant impôt et 87,26 € du net à payer. Pour trois journées, la perte est de 340,91 € brut, 269,86 € de net avant impôt et 233,43 € de net à payer. Le taux neutre reste à 2,9 % pour une journée, puis tombe à 1,3 % pour trois journées, ce qui atténue encore la baisse. Un salarié au taux personnalisé aura un écart différent.
Cette lecture explique la différence entre le montant annoncé par l'employeur et la baisse constatée sur le relevé bancaire. Pour une estimation à vous, calculez d'abord la retenue brute selon la formule horaire, puis passez le salaire diminué dans un calcul brut-net.
Primes, indemnités et accords de fin de conflit
La proportionnalité vaut aussi pour les primes. Selon la CGT, un employeur ne peut pas supprimer une prime, quelle qu'en soit la nature (assiduité, présentéisme, exceptionnelle), au motif d'une grève. Attribuer une prime aux seuls salariés non grévistes est discriminatoire. L'employeur peut en revanche réduire ou supprimer une prime si toutes les absences, quel que soit leur motif, sont traitées de la même manière, à l'exception de celles que la loi assimile à du temps de travail. C'est un terrain de contentieux fréquent, dont l'issue dépend du libellé de la prime dans le contrat ou l'accord collectif.
La retenue peut aussi disparaître en tout ou partie. Un accord de fin de conflit entre l'employeur et les syndicats peut prévoir le paiement total ou partiel des jours de grève. Le paiement intégral, primes comprises, est dû lorsque la grève vise à contraindre l'employeur à respecter la loi, une convention collective ou un accord d'entreprise. Dans ce cas, la retenue serait irrégulière dès l'origine.
Gardez en mémoire que la retenue figure sur le bulletin du mois de la grève ou du mois suivant selon la date de clôture de la paie. Le bulletin doit porter une ligne claire du type « absence pour grève » avec la durée retenue : c'est la base de toute contestation.
Fonction publique d'État : la règle du trentième
Dans la fonction publique d'État, la retenue est de 1/30 de la rémunération par jour de grève, même si la grève dure moins d'une journée complète. Elle porte sur le traitement indiciaire, l'indemnité de résidence, les primes et indemnités. Les primes annuelles sont ramenées à une moyenne mensuelle. Le supplément familial de traitement est maintenu en intégralité et les remboursements de frais ne sont pas retenus. La retenue ne peut pas dépasser la quotité saisissable.
Pour une grève sur plusieurs jours, le nombre de trentièmes correspond aux jours calendaires, du premier au dernier jour de grève, week-ends et jours fériés compris. Une grève le vendredi et le lundi suivant entraîne donc une retenue de 4/30.
| Cas (rémunération soumise à retenue : 2 800 €) | Fraction | Retenue |
|---|---|---|
| Un jour de grève, FPE | 1/30 | 93,33 € |
| Un quart d'heure de grève, FPE | 1/30 | 93,33 € |
| Grève vendredi et lundi, FPE | 4/30 | 373,33 € |
La ligne du quart d'heure illustre le caractère indivisible du trentième dans la fonction publique d'État : un arrêt de travail très bref coûte la même chose qu'une journée entière. Le préavis doit parvenir 5 jours francs avant le début de la grève et émaner d'une ou plusieurs organisations syndicales représentatives au niveau national.
Fonctions publiques territoriale et hospitalière : une retenue proportionnelle
Dans la fonction publique territoriale et hospitalière, la retenue est proportionnelle à la durée de la grève : 1/30 pour une journée, 1/60 pour une demi-journée, 1/151,67 par heure. Les règles d'assiette, d'exclusion du supplément familial, de plafond et de décompte des jours consécutifs sont les mêmes que dans la fonction publique d'État.
Pour la même rémunération soumise à retenue de 2 800 €, une heure de grève coûte 2 800 ÷ 151,67 = 18,46 €, deux heures 36,92 €, une demi-journée 46,67 € et une journée entière 93,33 €. Pour les agents en gardes de 24 heures, la retenue se calcule par rapport à la moyenne mensuelle de gardes : deux gardes non effectuées sur une moyenne de dix par mois représentent 2/10 de la rémunération mensuelle, soit 560,00 € pour 2 800 €.
Un agent peut cesser ou reprendre le travail quand il le souhaite sans être tenu de rester en grève pendant toute la durée mentionnée dans le préavis. Pour les enseignants du premier degré, une négociation préalable de 8 jours francs et une déclaration individuelle d'au moins 48 heures s'ajoutent.
Vérifier sa fiche de paie après une grève
Quatre vérifications suffisent à repérer l'essentiel des erreurs. D'abord, la durée retenue correspond-elle au temps réellement non travaillé, sans arrondi à la journée dans le privé ? Ensuite, le diviseur est-il l'horaire réel du mois et non un nombre forfaitaire ? Troisièmement, les primes ont-elles été retenues sans règle générale applicable à toutes les absences ? Enfin, dans le public, le supplément familial de traitement figure-t-il en intégralité ? Si l'une de ces réponses est négative, demandez par écrit le détail du calcul à la paie, puis saisissez le représentant du personnel ou l'inspection du travail.
Questions fréquentes
Comment l'employeur calcule-t-il la retenue pour une heure de grève ?
Selon la méthode soutenue par les syndicats, il divise le salaire mensuel par le nombre d'heures réellement travaillées dans le mois et multiplie par les heures de grève. Une base forfaitaire de 151,67 heures serait irrégulière pour un mensualisé.
Peut-on retenir plus que la durée réelle de la grève ?
Non. La retenue doit être proportionnelle à la durée de l'arrêt de travail, et toute retenue supérieure est interdite. Elle devient alors une sanction pécuniaire.
Dans la fonction publique, une grève de deux heures coûte-t-elle un trentième ?
Dans la fonction publique d'État, oui : 1/30 par jour de grève, même pour une durée inférieure à une journée. Dans la territoriale et l'hospitalière, la retenue est proportionnelle : 1/151,67 par heure, 1/60 par demi-journée.
Faut-il un préavis pour faire grève dans le privé ?
Non, les salariés du privé n'ont pas à respecter de préavis, la grève peut commencer à tout moment. Dans la fonction publique, un préavis syndical doit parvenir 5 jours francs avant le début.
Une prime d'assiduité peut-elle être supprimée à cause d'une grève ?
Selon la CGT, une prime ne peut être retirée au motif de la grève, quelle qu'en soit la nature. Un employeur peut seulement appliquer une réduction identique à toutes les absences, quel qu'en soit le motif, sauf celles assimilées par la loi à du travail effectif.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- Service-Public.fr — Droit de grève dans la fonction publiqueFiche officielle sur la règle du trentième, les exclusions de retenue et le préavis de 5 jours francs.
- CGT — Secteur privé : la perte de salaire en cas de grèveExplique la retenue proportionnelle à l'heure, le sort des primes et les accords de fin de conflit.
- DGAFP — La représentation professionnelle et les grèves, édition 2025Publication de l'administration de la fonction publique sur les conflits et leurs conséquences.
