Pourquoi chaque indemnité a sa propre base
Le droit français ne définit pas un « salaire de référence » unique. Chaque prestation choisit une période, un type de rémunération et un plafond, en fonction de ce qu’elle cherche à compenser. Une indemnité de licenciement récompense l’ancienneté : elle retient une moyenne lissée sur l’année. Une indemnité journalière de maladie remplace un revenu récent : elle regarde les trois derniers mois. L’allocation chômage couvre un parcours : elle additionne des salaires sur une longue fenêtre. Une pension de retraite est une moyenne de carrière.
Cette diversité explique les mauvaises surprises : la lettre de l’employeur, la notification de la caisse et le courrier de France Travail annoncent trois « salaires de référence » différents pour la même personne, et chacun est exact pour sa prestation. Avant de contester un montant, vérifiez d’abord que la base utilisée correspond bien à la prestation concernée.
La carte des bases de calcul
| Prestation | Base retenue | Particularité |
|---|---|---|
| Indemnité légale de licenciement | Le plus favorable de la moyenne des 12 derniers mois et du tiers des 3 derniers mois | Primes annuelles prises au prorata |
| Rupture conventionnelle | Même base que le licenciement | L’indemnité légale est un plancher de négociation |
| Indemnités journalières de maladie | Total des 3 derniers salaires bruts divisé par 91,25 | Salaire plafonné à 1,4 fois le Smic mensuel, soit 2 613,82 € en 2026 |
| Allocation chômage | Tous les salaires bruts des 24 mois (36 à partir de 55 ans) | SJR plafonné à 526,86 € selon la fiche de France Travail d’avril 2026 |
| Pension de retraite de base | Moyenne des 25 meilleures années | Salaires plafonnés à 48 060 € par an en 2026 |
| Congés payés | Plus favorable du dixième et du maintien | Période de référence du 1er juin au 31 mai en général |
| Activité partielle | Rémunération servant au calcul des congés payés, ramenée à l’heure | 60 % de ce taux, plancher de 9,74 € et plafond de 33,24 € par heure chômée |
Ce tableau sert de point de départ : il ne dispense pas de lire la convention collective, qui peut retenir une base plus favorable, notamment pour les indemnités de rupture et le maintien du salaire en cas d’absence.
Les indemnités de rupture : licenciement et rupture conventionnelle
L’indemnité légale de licenciement suppose au moins huit mois d’ancienneté ininterrompue et l’absence de faute grave ou lourde. Son calcul est simple une fois le salaire de référence fixé : un quart de mois par année jusqu’à dix ans, puis un tiers de mois par année au-delà. Le piège est la base. Prenons une salariée qui a perçu 2 500 € bruts pendant neuf mois, puis 2 650 € pendant les trois derniers mois, avec une prime annuelle de 1 800 €. La moyenne des douze mois donne 2 687,50 €, le tiers des trois derniers mois 2 800 € : le second chiffre est retenu parce qu’il est plus favorable.
Avec 5 ans d’ancienneté, l’indemnité légale est alors de 1,25 mois de salaire, soit 3 500 €. Avec 15 ans, elle atteint 4,1667 mois, soit 11 666,67 €. En rupture conventionnelle, ce montant devient un plancher : l’indemnité négociée ne peut pas lui être inférieure, mais rien n’empêche d’obtenir davantage. En cas d’inaptitude, l’origine de l’arrêt, professionnelle ou non, change le montant dû. Enfin, une indemnité compensatrice de préavis est due quand l’employeur dispense le salarié d’exécuter son préavis : elle équivaut à ce qu’il aurait gagné en travaillant.
Les absences : maladie, accident, naissance, grève
Pour un arrêt maladie, la Sécurité sociale additionne les trois salaires bruts précédant l’arrêt, divise par 91,25 pour obtenir le salaire journalier de base, puis verse 50 % de ce montant, dans la limite de 42,97 € par jour en 2026. Pour un salarié à 2 500 € bruts par mois, le salaire journalier de base est de 82,19 € et l’indemnité journalière de 41,10 €. Les trois premiers jours de chaque arrêt ne sont pas indemnisés : sur un arrêt de dix jours, sept jours donnent lieu à indemnités, soit environ 287,70 € bruts. L’employeur peut compléter, mais son propre délai de carence est de sept jours pour le maintien légal.
À partir d’environ 2 614 € bruts par mois, l’indemnité cesse d’augmenter : un cadre à 4 000 € et un salarié à 3 000 € reçoivent la même indemnité de la Sécurité sociale, et l’écart éventuel est comblé par l’employeur ou la prévoyance. L’accident du travail suit une autre logique, avec un taux plus élevé et un plafond plus haut ; le congé de naissance, un calcul en plusieurs étapes. La grève, enfin, donne lieu à une retenue strictement proportionnelle à l’absence dans le privé, alors que la fonction publique applique la règle du trentième.
Chômage et activité partielle : deux revenus de remplacement très différents
L’allocation chômage part de la somme de toutes les rémunérations brutes versées sur 24 mois, ou 36 mois à partir de 55 ans. Un salarié qui a perçu 2 400 € bruts pendant deux ans a un salaire de référence de 57 600 €. Ce cumul est ensuite converti en salaire journalier de référence, qui entre dans deux formules concurrentes, dont la plus favorable s’applique. Les mois sans contrat comptent dans la division : un emploi de huit mois dans une fenêtre de vingt-quatre mois abaisse donc le salaire journalier.
L’activité partielle, au contraire, laisse le contrat en vigueur : l’employeur verse 60 % du brut horaire de référence pour chaque heure chômée, avec un plancher de 9,74 € et un plafond de 33,24 € par heure en 2026, l’État remboursant une partie de cette indemnité. La plupart des erreurs viennent de la confusion entre l’indemnité reçue par le salarié et l’allocation versée à l’employeur.
Congés payés, retenues et salaire saisi
Pour les congés payés, l’employeur calcule deux montants et retient le plus élevé : le dixième de la rémunération brute de la période de référence, ou le salaire qu’aurait perçu le salarié s’il avait travaillé, c’est-à-dire le maintien. Depuis la loi du 22 avril 2024, les périodes d’arrêt maladie non professionnel sont retenues à 80 % dans le dixième.
La saisie sur salaire suit un barème par tranches, relevé chaque 1er janvier. Sur le net mensuel, la fraction saisissable est de un vingtième jusqu’à 373,33 €, d’un dixième de 373,33 € à 727,50 €, d’un cinquième jusqu’à 1 083,33 €, puis elle augmente par tranche jusqu’à la totalité au-delà de 2 150,83 €. L’assiette est le net, après cotisations salariales, et non le brut. D’autres retenues, comme la participation aux résultats, reposent sur un salaire plafonné défini par accord.
Méthode pour contrôler un montant qu’on vous annonce
- Identifiez la prestation et le texte applicable : Code du travail, Code de la sécurité sociale, règlement d’assurance chômage ou convention collective.
- Repérez la période observée : trois mois, douze mois, vingt-quatre mois ou carrière.
- Listez les éléments inclus : primes annuelles prises au prorata, heures supplémentaires, avantages en nature, indemnités exclues.
- Appliquez le plafond s’il existe, et gardez le brut comme unité sauf pour la saisie, calculée sur le net.
- Comparez avec la convention collective, qui peut remplacer la règle légale si elle est plus favorable.
Si le résultat diverge, adressez-vous d’abord au service paie ou à la caisse concernée avec votre propre calcul détaillé. Les pages du hub présentent chaque formule avec un dossier chiffré pour faciliter cette comparaison.
Questions fréquentes
Pourquoi mon salaire de référence n’est-il pas mon dernier salaire ?
Parce que chaque prestation choisit une période adaptée à son objet : douze mois ou le tiers de trois mois pour le licenciement, trois mois pour les indemnités journalières, vingt-quatre mois pour le chômage, vingt-cinq années pour la retraite. Le dernier bulletin n’est qu’un élément parmi d’autres.
À quelle ancienneté une indemnité légale de licenciement est-elle due ?
À partir de huit mois d’ancienneté ininterrompue chez le même employeur, sauf faute grave ou lourde. Une convention collective ou le contrat peut prévoir un seuil plus court ou une indemnité plus élevée.
Quel est le montant maximal des indemnités journalières de maladie ?
Pour une maladie ordinaire, l’indemnité journalière maximale est de 42,97 € en 2026, ce qui correspond à un salaire plafonné à 1,4 fois le Smic mensuel, soit 2 613,82 €. Au-delà, l’indemnité n’augmente plus.
L’indemnité de rupture conventionnelle peut-elle être inférieure à l’indemnité de licenciement ?
Non. L’indemnité légale de licenciement, calculée sur le même salaire de référence, constitue le plancher de l’indemnité de rupture conventionnelle. Une convention collective plus favorable peut relever ce plancher.
La saisie sur salaire porte-t-elle sur le brut ou sur le net ?
Sur le net, après cotisations salariales. Le barème légal applique une fraction par tranche de rémunération nette, relevé chaque 1er janvier, avec une majoration pour les personnes à charge.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- Ameli — site officiel (portail d’accueil)Page d’accueil de l’organisme, point d’entrée vers ses barèmes, fiches pratiques et services en ligne.
- Unédic — site officiel (portail d’accueil)Page d’accueil de l’organisme, point d’entrée vers ses barèmes, fiches pratiques et services en ligne.