Deux carences différentes, deux payeurs différents

Le mot « carence » recouvre deux délais qui se superposent et qu'il ne faut pas confondre. Le premier est celui de l'Assurance Maladie : pour un salarié du secteur privé, les indemnités journalières (IJ) ne sont versées qu'à partir du quatrième jour de l'arrêt. Selon la fiche officielle sur les indemnités journalières, ce délai de 3 jours s'applique à chaque arrêt de travail. Le second délai concerne l'indemnité complémentaire de l'employeur : il est de 7 jours, et il ne vous prive de rien si votre convention collective ou un accord d'entreprise prévoit mieux.

Concrètement, un arrêt de 10 jours se découpe en trois périodes. Les jours 1 à 3 ne donnent lieu à aucune IJ de la Sécurité sociale. Les jours 4 à 7 sont payés uniquement par la caisse, soit environ la moitié du salaire de base plafonné. À partir du huitième jour, et si vous remplissez les conditions du maintien légal, l'employeur complète l'IJ pour atteindre un pourcentage de votre rémunération habituelle. Quand le maintien n'existe pas, vous restez à l'IJ seule pendant toute la durée de l'arrêt.

Deux précisions évitent des erreurs de calcul. D'abord, le décompte se fait en jours calendaires, week-ends compris : un arrêt prescrit le jeudi voit son troisième jour de carence tomber le samedi. Ensuite, la carence est attachée à l'arrêt, pas à la maladie : une prolongation prescrite dans la foulée prolonge le même arrêt, alors qu'une nouvelle prescription après une vraie reprise du travail ouvre un nouvel arrêt, donc de nouveaux jours de carence.

La formule des indemnités journalières, étape par étape

Pour un salarié payé au mois, la caisse additionne les trois derniers salaires bruts précédant l'arrêt et divise le total par 91,25 pour obtenir le salaire journalier de base. L'IJ est égale à 50 % de ce montant. La fiche officielle donne l'exemple d'un salaire de 2 000 € brut par mois : 65,75 € de salaire journalier de base et 32,87 € d'IJ par jour.

Le salaire retenu est plafonné. Pour les arrêts commencés à partir du 1er avril 2025, le plafond est de 1,4 fois le Smic horaire, soit 2 613,82 € par mois en 2026. Le salaire journalier de base ne peut donc pas dépasser 85,93 €, et l'IJ journalière ne dépasse pas 42,97 € brut, un montant que l'Assurance Maladie reprend dans son tableau des maxima 2026. Les arrêts commencés avant le 1er avril 2025 restaient calculés avec l'ancien plafond de 1,8 fois le Smic.

  1. Additionner les trois derniers salaires bruts avant l'arrêt (primes mensuelles incluses dans le salaire du mois).
  2. Plafonner chaque mois à 2 613,82 €.
  3. Diviser par 91,25 : c'est le salaire journalier de base.
  4. Multiplier par 50 % : c'est l'IJ brute par jour indemnisé.
  5. Multiplier par le nombre de jours indemnisés, c'est-à-dire la durée de l'arrêt moins les 3 jours de carence.

L'IJ est une somme brute : elle supporte elle-même des prélèvements sociaux avant de tomber sur le compte, et elle entre dans le revenu imposable selon les règles fiscales applicables. Le montant réellement viré est donc un peu inférieur au chiffre de la caisse.

Exemple chiffré : 2 500 € brut par mois, arrêt de 10 jours

Prenons un salarié non cadre rémunéré 2 500 € brut par mois, sans prime variable, trois mois de salaires identiques avant l'arrêt. Le total des trois salaires est de 7 500 €, ce qui donne un salaire journalier de base de 7 500 ÷ 91,25 = 82,19 €. Ce montant est inférieur au plafond de 85,93 €, il est donc retenu en entier. L'IJ vaut 41,10 € par jour (41,0959 € avant arrondi).

Pour mesurer la perte, il faut une référence de salaire journalier. On utilise ici 1/30 du salaire mensuel, soit 83,33 € par jour calendaire, ce qui est une convention de lecture et non une règle de paie : votre bulletin peut retenir les heures réellement travaillées ou les jours ouvrés. Dans le scénario avec maintien, l'employeur verse 90 % du salaire (75,00 € par jour) à partir du huitième jour, IJ comprise, donc un complément de 33,90 € par jour au-dessus des 41,10 € de la caisse.

Durée de l'arrêtSalaire non perçu (brut)IJ seules, sans maintienPerte sans maintienIJ + maintien légalPerte avec maintien
3 jours250,00 €0,00 €250,00 €0,00 €250,00 €
5 jours416,67 €82,19 €334,47 €82,19 €334,47 €
10 jours833,33 €287,67 €545,66 €389,38 €443,95 €
30 jours2 500,00 €1 109,59 €1 390,41 €1 889,38 €610,62 €

Lecture : sur un arrêt de 10 jours, la carence seule coûte 3 × 83,33 = 250,00 € de salaire brut, auxquels s'ajoute l'écart de 42,23 € par jour entre salaire et IJ pendant les jours 4 à 7. Le maintien de l'employeur ne réduit la perte que de 101,71 € sur cette durée, parce qu'il ne démarre qu'au huitième jour.

Le maintien de salaire de l'employeur : ce que dit le Code du travail

L'indemnité complémentaire légale est définie à l'article D1226-1 du Code du travail. Pendant les trente premiers jours d'indemnisation, elle porte la rémunération à 90 % de la rémunération brute que le salarié aurait perçue s'il avait continué à travailler ; pendant les trente jours suivants, elle la porte aux deux tiers. Les IJ de la Sécurité sociale sont comprises dans ces pourcentages : l'employeur ne paie que la différence, ce que l'exemple ci-dessus applique.

Trois éléments échappent à un calcul purement mécanique et doivent être vérifiés sur votre dossier. La condition d'ancienneté et l'allongement de la durée d'indemnisation avec les années de présence sont fixés par le Code du travail et peuvent être améliorés par la convention collective. Le délai de 7 jours cité plus haut peut être supprimé ou raccourci par un accord. Enfin, une prévoyance collective ou une subrogation peut modifier la forme du paiement : la subrogation signifie que l'employeur encaisse lui-même les IJ et vous les reverse sur la paie, ce qui change le calendrier mais pas le total.

Si votre convention collective prévoit le maintien dès le premier jour, la perte de salaire due à la carence disparaît presque entièrement. C'est fréquent chez les cadres et dans plusieurs branches, mais rarement dans les petites entreprises appliquant seulement la loi. Le bulletin de paie du mois suivant l'arrêt est le document qui tranche : une ligne « absence maladie » en déduction, une ligne « maintien de salaire » en addition, et la mention des IJ subrogées s'il y en a.

Un salaire plus élevé : le plafond change tout

Le plafond de 2 613,82 € par mois produit un effet de ciseau pour les salaires élevés. Reprenons un cadre à 4 000 € brut par mois : les trois derniers salaires totalisent 12 000 €, mais seuls 7 841,46 € sont retenus. Le salaire journalier de base est donc de 85,93 €, l'IJ de 42,97 € par jour, soit nettement moins que les 50 % du salaire que laisserait croire la règle. Sur 30 jours, l'IJ représente alors environ 32 % du salaire mensuel, contre environ 49 % pour le salarié à 2 500 € brut.

CasSalaire brut mensuelIJ par jourIJ sur 7 jours indemnisés (arrêt de 10 jours)Salaire non perçu sur 10 jours
Salaire sous le plafond2 500 €41,10 €287,67 €833,33 €
Salaire au-dessus du plafond4 000 €42,97 €300,79 €1 333,33 €

La carence pèse donc davantage, en valeur absolue, sur le salaire le plus élevé : 3 jours sans IJ représentent 400,00 € de salaire pour le cadre, contre 250,00 € pour le premier cas. Pour les rémunérations situées au-dessus du plafond, la couverture complémentaire (maintien conventionnel ou prévoyance) est ce qui évite une chute brutale de revenu ; sans elle, l'arrêt long se traduit par une perte de plus de deux tiers du salaire brut.

Fonction publique : un seul jour de carence

Les agents publics relèvent d'un régime distinct : un jour de carence non rémunéré au début de chaque congé de maladie ordinaire, et non trois. Un projet visant à porter ce délai à trois jours a été retiré du budget 2026 lors de son examen à l'Assemblée nationale selon la presse spécialisée de janvier 2026 ; il convient de vérifier le texte définitif de la loi de finances avant de s'appuyer sur ce chiffre pour une situation précise.

La rémunération pendant l'arrêt a aussi changé : depuis le 1er mars 2025, les congés de maladie ordinaires des fonctionnaires sont rémunérés à 90 % pendant les trois premiers mois, contre 100 % auparavant. Pour un agent à 2 500 € brut, la perte d'un arrêt de 10 jours s'établit donc ainsi : un jour sans rémunération (83,33 €) puis 10 % du traitement sur les jours suivants, soit environ 75 € de retenue supplémentaire, à comparer aux 443,95 € du salarié du privé dans le scénario avec maintien. Cet ordre de grandeur est une illustration à valider par la paie de votre administration, qui applique ses propres règles de base de calcul.

Dans le privé comme dans le public, la carence peut être écartée ou réduite par des textes particuliers : la convention collective, le statut de l'agent ou l'accord d'entreprise. Avant de déduire une perte, vérifiez auprès de votre service paie que votre cas ne relève pas d'une telle disposition.

Réduire l'impact de la carence : leviers réalistes

La carence légale ne se négocie pas individuellement, mais plusieurs leviers existent. Le premier est de lire la convention collective applicable : le maintien dès le premier jour ou après trois jours y est inscrit dans de nombreuses branches. Le deuxième est la mutuelle ou la prévoyance d'entreprise, qui verse parfois un complément à partir du quatrième jour ; la notice indique le taux et le point de départ. Le troisième est le choix de la date de reprise : reprendre le travail un lundi plutôt que de prolonger de quelques jours un arrêt qui doit de toute façon s'achever n'améliore pas le revenu, mais éviter un enchaînement de deux arrêts courts distincts évite de repayer trois jours de carence.

Enfin, gardez les trois derniers bulletins de paie avant l'arrêt : l'employeur transmet l'attestation de salaire à la caisse, et une erreur de primes ou d'heures dans ces bulletins change directement le salaire journalier de base. Comparez le premier virement de la caisse avec la formule ci-dessus : l'écart indique une base de salaire mal déclarée ou un plafond appliqué.

Questions fréquentes

Combien de jours de carence pour un arrêt maladie dans le privé ?

Trois jours pour l'Assurance Maladie : les IJ commencent le quatrième jour de chaque arrêt. Côté employeur, le délai légal avant l'indemnité complémentaire est de 7 jours, sauf convention collective plus favorable.

Comment calcule-t-on l'IJ journalière ?

On additionne les trois derniers salaires bruts avant l'arrêt, on les plafonne à 2 613,82 € par mois en 2026, on divise par 91,25 puis on prend 50 %. Le résultat ne peut pas dépasser 42,97 € brut par jour.

Les week-ends comptent-ils dans les jours de carence ?

Oui, le décompte se fait en jours calendaires. Un arrêt débuté un jeudi voit donc sa carence se terminer le samedi, et l'IJ commence le dimanche.

Une prolongation d'arrêt déclenche-t-elle de nouveaux jours de carence ?

Non, lorsqu'elle prolonge l'arrêt initial sans reprise du travail : elle fait partie du même arrêt. Un nouvel arrêt après une reprise effective ouvre en revanche une nouvelle carence.

Mon employeur doit-il maintenir mon salaire dès le premier jour ?

Pas selon la loi, qui prévoit 7 jours de délai avant l'indemnité complémentaire. Seule une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage peut avancer ce point de départ : le bulletin de paie et la convention font foi.

Les fonctionnaires ont-ils les mêmes jours de carence ?

Non : un jour de carence par congé de maladie ordinaire est la règle connue pour 2026, avec une rémunération à 90 % pendant les trois premiers mois depuis le 1er mars 2025. Vérifiez le texte de loi de finances en vigueur pour votre situation.

Pour aller plus loin : organismes et ressources