Trois couches de prélèvement, trois bases différentes
L'administration fiscale norvégienne, Skatteetaten, distingue pour un salarié trois prélèvements qui se cumulent. Le premier est l'impôt sur le « revenu ordinaire » (alminnelig inntekt) : un taux fixe de 22 % appliqué au salaire diminué de déductions. Le deuxième est le « trinnskatt », un impôt par paliers qui frappe le « revenu personnel » (personinntekt), c'est-à-dire le salaire brut, sans les déductions du premier. Le troisième est la cotisation à l'assurance nationale, le « trygdeavgift », également calculée sur le salaire brut.
Cette architecture surprend un lecteur français, car une même couronne gagnée peut être comptée trois fois avec des règles différentes. La monnaie est la couronne norvégienne (NOK). L'employeur retient la somme à chaque paie en suivant la carte de prélèvement du salarié, et un décompte annuel (la « skatteoppgjør ») rétablit le résultat exact en fonction des déductions réelles. Les exemples ci-dessous parlent donc d'un impôt annuel théorique, pas d'un montant retenu mois par mois.
Le trygdeavgift : 7,6 % du salaire, avec un seuil et un plafond
Pour 2026, le taux du trygdeavgift sur les revenus du travail est de 7,6 %, d'après Skatteetaten et le ministère des Finances, avec un seuil inférieur de 99 650 couronnes : en dessous, rien n'est dû. Au-dessus du seuil, une règle de protection limite la cotisation à 25 % de la partie du revenu qui dépasse 99 650 couronnes. Autrement dit, un salarié qui gagne 110 000 couronnes ne paie pas 7,6 % de 110 000 (8 360) mais au plus 25 % de 10 350, soit 2 587,50 couronnes. Le taux plein de 7,6 % s'applique dès que le salaire atteint environ 143 000 couronnes.
Cette cotisation finance la retraite de base, l'assurance maladie et les prestations de l'assurance nationale. Dans les exemples de cette page, elle est calculée sur le salaire brut et ne vient pas réduire la base du revenu ordinaire. Elle s'ajoute à la cotisation patronale (arbeidsgiveravgift), que le salarié ne voit pas : 14,1 % dans la zone générale en 2026, selon la direction fiscale, avec des taux réduits de 10,6 % à 0 % dans les zones plus éloignées du nord.
Les déductions qui forment la base de l'impôt de 22 %
Avant d'appliquer le taux de 22 %, deux déductions standard s'appliquent automatiquement sur le salaire. La première, le « minstefradrag », est une déduction forfaitaire de 46 % du revenu du travail, plafonnée à 95 700 couronnes en 2026. Le plafond est atteint dès un salaire d'environ 208 043 couronnes ; au-delà, la déduction ne grandit plus. La seconde, le « personfradrag », est un abattement de base de 114 540 couronnes.
La base du revenu ordinaire d'un salarié moyen ou aisé est donc : salaire − 95 700 − 114 540, soit salaire − 210 240. Au-dessus de ce seuil, 22 % s'appliquent. Dans le nord (comtés de Finnmark et de Nord-Troms), le taux est réduit à 18,5 %. D'autres déductions réelles (intérêts d'emprunt, cotisations syndicales, épargne retraite individuelle, par exemple) viennent encore réduire la base ; elles ne sont pas incluses dans les exemples, qui ne retiennent que les déductions de base.
Le trinnskatt : cinq paliers sur le revenu brut
Le trinnskatt est un impôt progressif sans abattement : il s'applique au revenu brut personnel, tranche par tranche, à partir d'un seuil. Pour 2026, la direction fiscale publie cinq paliers.
| Palier | Revenu personnel (couronnes) | Taux |
|---|---|---|
| Sous le seuil | 0 à 226 100 | 0 % |
| Palier 1 | 226 101 à 318 300 | 1,7 % |
| Palier 2 | 318 301 à 725 050 | 4,0 % |
| Palier 3 | 725 051 à 980 100 | 13,7 % |
| Palier 4 | 980 101 à 1 467 200 | 16,8 % |
| Palier 5 | 1 467 201 et plus | 17,8 % |
Ces taux marginaux s'ajoutent au 22 % et au trygdeavgift : un salarié dans le palier 3 supporte un taux marginal total de 22 % + 13,7 % + 7,6 % = 43,3 %, et de 47,4 % dans le palier 5 (22 % + 17,8 % + 7,6 %). La multiplicité des seuils explique pourquoi les Norvégiens parlent volontiers du « taux marginal » plutôt que du taux moyen.
Cinq exemples annuels de 150 000 à 1 000 000 de couronnes
Le tableau enchaîne les trois calculs : impôt de 22 % sur (salaire − déductions), trinnskatt sur le salaire, trygdeavgift avec sa règle de plafonnement. Il suppose un salarié résident, dans la zone du taux général de 22 %, sans autre déduction. Les centimes de couronne sont arrondis.
| Salaire annuel brut | Impôt 22 % | Trinnskatt | Trygdeavgift | Total prélevé | Net annuel | Charge globale |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 150 000 | 0 | 0 | 11 400 | 11 400 | 138 600 | 7,6 % |
| 300 000 | 19 747 | 1 256 | 22 800 | 43 804 | 256 197 | 14,6 % |
| 450 000 | 52 747 | 6 835 | 34 200 | 93 783 | 356 217 | 20,8 % |
| 600 000 | 85 747 | 12 835 | 45 600 | 144 183 | 455 817 | 24,0 % |
| 1 000 000 | 173 747 | 56 122 | 76 000 | 305 870 | 694 130 | 30,6 % |
Détail pour 600 000 couronnes
- Minstefradrag : 46 % × 600 000 = 276 000, ramené au plafond de 95 700.
- Revenu ordinaire : 600 000 − 95 700 − 114 540 = 389 760 ; impôt à 22 % = 85 747,20.
- Trinnskatt : (318 300 − 226 100) × 1,7 % = 1 567,40, plus (600 000 − 318 300) × 4 % = 11 268, soit 12 835,40.
- Trygdeavgift : 7,6 % × 600 000 = 45 600.
- Total 144 182,60 ; net 455 817,40, soit environ 37 985 couronnes par mois en moyenne, avant le calendrier de retenue réel.
Feriepenger : les congés payés versés l'année suivante
La Norvège a une logique propre pour les congés. Les « feriepenger » s'accumulent l'année de travail et se paient l'année suivante, au moment des vacances. Selon Skatteetaten, le taux minimal est de 10,2 % du salaire de l'année d'acquisition, ou 12 % pour les salariés qui bénéficient d'une cinquième semaine de congés ; pour les plus de 60 ans, 12,5 % ou 14,3 % avec une sixième semaine. Les feriepenger sont un revenu imposable de l'année où ils sont payés.
Dans la pratique, l'administration ajuste la carte de prélèvement de façon qu'un impôt supplémentaire soit retenu sur le salaire courant pendant le reste de l'année, puis qu'aucun impôt ne soit retenu sur les feriepenger eux-mêmes lors du versement. D'où la sensation, pour un nouveau salarié, d'un « mois sans impôt » en été. Ce n'est pas un cadeau : le montant a été prélevé en amont. Il n'existe pas de treizième mois obligatoire en Norvège.
Salaire minimum et conventions collectives
Il n'existe pas, à la connaissance de l'auteur de cette page, de salaire minimum légal général en Norvège, contrairement à la France. Les planchers de salaire résultent des conventions collectives, que l'État peut rendre obligatoires pour toute une branche (par le mécanisme de l'« allmenngjøring », par exemple dans le bâtiment ou le nettoyage). Ce point n'a pas été vérifié sur une source officielle pour cette page : pour un poste précis, la bonne démarche consiste à demander la convention applicable à l'employeur ou à interroger l'inspection du travail.
Pour un salarié français, trois autres points comptent. La convention fiscale entre la France et la Norvège évite la double imposition. L'affiliation à l'assurance nationale norvégienne ou le maintien dans le régime français dépend du type de séjour. Enfin, la couronne fluctue face à l'euro : un salaire annuel de 600 000 couronnes n'a pas la même valeur selon le moment de sa conversion.
Questions fréquentes
Quel est le taux du trygdeavgift en 2026 ?
7,6 % du salaire pour les revenus du travail, avec un seuil inférieur de 99 650 couronnes. En dessous du plein taux, la cotisation est plafonnée à 25 % de la fraction qui dépasse ce seuil.
Combien vaut le minstefradrag en 2026 ?
46 % du revenu du travail, plafonné à 95 700 couronnes, d'après Skatteetaten et le ministère des Finances.
Comment fonctionne le trinnskatt ?
C'est un impôt progressif par paliers sur le revenu brut, de 1,7 % entre 226 100 et 318 300 couronnes jusqu'à 17,8 % au-delà de 1 467 200 couronnes. Il s'ajoute à l'impôt de 22 % et au trygdeavgift.
À combien s'élèvent les feriepenger ?
Au minimum 10,2 % du salaire de l'année d'acquisition, ou 12 % avec cinq semaines de congés. Ils sont versés l'année suivante.
L'employeur paie-t-il des cotisations en plus ?
Oui, l'arbeidsgiveravgift, de 14,1 % dans la zone générale en 2026 et de 0 % à 10,6 % dans d'autres zones, selon la direction fiscale norvégienne.
Y a-t-il un salaire minimum légal en Norvège ?
À la connaissance de l'auteur, il n'y en a pas de général : les planchers viennent de conventions collectives, parfois étendues par l'État. Point à confirmer auprès de l'inspection du travail norvégienne.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- Skatteetaten — Taux du trinnskattPublie les cinq paliers et taux du trinnskatt pour l'année sélectionnée.
- Regjeringen — Taux d'imposition 2026Regroupe l'impôt sur le revenu ordinaire, le trygdeavgift, le trinnskatt, le personfradrag et le minstefradrag pour 2026.
- Arbeidstilsynet — Holiday payExplique le droit aux feriepenger et le calcul du congé payé en Norvège.
