Un salaire brut mensuel, un net qui dépend de crédits

Aux Pays-Bas, le salaire se discute en brut mensuel (« bruto maandsalaris »), et le net (« netto ») est ce qui arrive sur le compte après la loonheffing. Contrairement à la France, il n'existe pas de cotisations chômage ou maladie retenues sur le salaire : ces risques sont couverts par des primes que l'employeur seul supporte. Le salarié ne voit sur sa fiche que la loonheffing et, le cas échéant, sa cotisation de retraite d'entreprise ou d'autres retenues contractuelles.

Le mot « loonheffing » signifie littéralement « prélèvement sur le salaire ». Il couvre deux choses : l'impôt sur le revenu du salaire (loonbelasting) et les primes des assurances nationales (premies volksverzekeringen). La séparation compte, car elle explique pourquoi le taux affiché pour la première tranche est élevé, et pourquoi il ne monte presque pas à la deuxième.

Les trois tranches de 2026 et la part « assurances nationales »

D'après le récapitulatif de paie 2026 du cabinet RSM, le barème de la loonheffing pour un salarié qui n'a pas atteint l'âge de la pension d'État (AOW) comporte trois tranches.

Tranche de revenu annuelTaux 2026Composition
Jusqu'à 38 883 €35,75 %27,65 % de primes + 8,10 % d'impôt
De 38 883 € à 78 426 €37,56 %impôt seul
Au-delà de 78 426 €49,50 %impôt seul

Selon la page de l'administration fiscale néerlandaise (Belastingdienst) sur les assurances nationales, les primes se composent de 17,90 % pour la pension d'État (AOW), 0,10 % pour la pension de survie (Anw) et 9,65 % pour les soins de longue durée (Wlz), soit 27,65 %, dues jusqu'à un plafond de 38 883 € avec un maximum de 10 751 €. La part d'impôt de 8,10 % de la première tranche est la différence entre 35,75 % et 27,65 %, calcul de l'auteur. Passé 38 883 €, plus aucune prime nationale n'est due, d'où le saut modéré du taux de 35,75 % à 37,56 %. Pour un salarié qui a atteint l'âge de la pension, les primes AOW disparaissent et la première tranche est plus basse ; ce cas n'est pas traité ici.

Les deux heffingskortingen

Deux crédits d'impôt s'appliquent à la loonheffing du salarié, par l'intermédiaire de la « loonheffingskorting » que le salarié autorise son employeur à appliquer. D'après RSM, les paramètres 2026 sont les suivants.

Les deux crédits sont déduits du montant de loonheffing calculé avec les tranches : leur effet est d'abaisser la charge réelle de façon importante pour un salaire moyen et de la faire disparaître progressivement quand le salaire grimpe. Pour un emploi à plusieurs employeurs, le salarié n'active la loonheffingskorting que chez un seul, sinon il s'expose à un solde à payer lors de la déclaration annuelle.

Deux exemples : 48 000 € et 60 000 € bruts par an

Pour un salarié qui n'a pas atteint l'âge de la pension, sans cotisation de retraite d'entreprise ni autre retenue, la loonheffing théorique annuelle se calcule ainsi, avec les deux crédits activés chez l'employeur. Les montants sont arrondis à l'euro.

Brut annuelLoonheffing avant créditsAlgemene heffingskortingArbeidskortingRetenue réelleNet annuelNet mensuel moyen
48 000 €17 325 €1 946 €5 528 €9 850 €38 150 €3 179 €
60 000 €21 832 €1 179 €4 747 €15 906 €44 094 €3 674 €

Détail pour 48 000 €

  1. Première tranche : 38 883 × 35,75 % = 13 900,67 €.
  2. Deuxième tranche : (48 000 − 38 883) × 37,56 % = 9 117 × 37,56 % = 3 424,35 €, soit 17 325,02 € avant crédits.
  3. Algemene heffingskorting : 3 115 − 6,398 % × (48 000 − 29 736) = 3 115 − 1 168,53 = 1 946,47 €.
  4. Arbeidskorting : 5 685 − 6,51 % × (48 000 − 45 592) = 5 685 − 156,76 = 5 528,24 €.
  5. Retenue : 17 325,02 − 1 946,47 − 5 528,24 = 9 850,31 € ; net : 38 149,69 €.

La charge globale ressort à 20,5 % à 48 000 € et à 26,5 % à 60 000 €. Une paie réelle diffère de quelques euros, car l'employeur applique les tables de la Belastingdienst et non la formule exacte, et parce que les retenues pour la retraite d'entreprise réduisent la base.

Le vakantiegeld : 8 % en plus, pas dans le brut mensuel

Le « vakantiegeld » est une prime de vacances légale : l'employeur doit verser au moins 8 % du salaire brut annuel au titre de la période de référence, d'après le gouvernement néerlandais. Le versement a lieu au moins une fois par an, le plus souvent en mai ou en juin. Le calcul inclut le salaire normal et les heures supplémentaires pour leur valeur entière, mais exclut les participations aux bénéfices et les gratifications de fin d'année. Un arrêt maladie ne suspend pas l'accumulation, qui se fait sur le salaire réduit.

Une convention collective peut écarter ce droit à condition que le salarié reçoive au moins 108 % du salaire minimum, et un salarié qui gagne plus de trois fois le minimum peut convenir par écrit de ne pas le percevoir. Beaucoup d'offres sont exprimées « hors vakantiegeld », c'est-à-dire que 8 % s'ajoutent : un brut mensuel de 3 000 € correspond à 36 000 € plus 2 880 € de vakantiegeld, soit 38 880 € dans l'année. Le versement de mai ou juin augmente la base du mois concerné, et la retenue du mois s'en ressent : il faut lire le net de ce mois-là avec cette réserve.

Salaire minimum : un taux horaire, pas un montant mensuel

Depuis 2024, le salaire minimum légal est exprimé uniquement par heure. D'après le gouvernement néerlandais, le montant brut pour un adulte de 21 ans et plus est de 14,71 € de l'heure du 1er janvier au 30 juin 2026, puis de 14,99 € à partir du 1er juillet 2026. Les jeunes ont un taux inférieur selon l'âge, par exemple 11,77 € à 20 ans et 8,83 € à 19 ans au 1er janvier, ou 11,99 € et 8,99 € à partir du 1er juillet.

Le montant mensuel dépend donc du nombre d'heures du contrat : il faut multiplier le taux horaire par les heures d'une semaine normale, puis par 52 divisé par 12. Le gouvernement a annoncé un relèvement du salaire minimum des jeunes à partir de 2027, point qui n'est pas détaillé ici. Pour les secteurs soumis à une convention collective, le salaire minimum de la branche est souvent supérieur au minimum légal.

Primes de l'employeur et expatriés

Les assurances que le salarié ne paie pas, l'employeur les finance. RSM indique pour 2026 une prime Zvw (assurance santé) de l'employeur de 6,10 % du salaire jusqu'à un maximum de 4 843 €, une prime Awf (chômage) de 2,74 % pour les contrats à durée indéterminée à taux bas et de 7,74 % pour les contrats flexibles, et une composante d'assurance invalidité et maladie qui varie selon l'entreprise (0,96 % pour la WGA et 0,56 % pour la ZW-flex en moyenne). Le plafond de salaire pour ces primes est de 79 409 € par an.

Le coût d'un salarié dépasse donc nettement son brut, sans que le salarié le voie. Le régime fiscal favorable des travailleurs étrangers qualifiés, dit « régime des 30 % », n'est pas traité sur cette page, car aucun paramètre 2026 n'a été vérifié ; il se demande à l'employeur et à la Belastingdienst avant l'arrivée.

Questions fréquentes

Que signifie loonheffing sur la fiche de paie néerlandaise ?

C'est la retenue globale sur le salaire : elle réunit l'impôt sur le revenu et, dans la première tranche, les primes des assurances nationales (AOW, Anw et Wlz).

Quels sont les taux de la loonheffing en 2026 ?

35,75 % jusqu'à 38 883 € de revenu annuel, 37,56 % jusqu'à 78 426 € et 49,50 % au-delà, pour un salarié qui n'a pas atteint l'âge de la pension d'État.

Quel est le salaire minimum néerlandais en 2026 ?

14,71 € bruts de l'heure pour les 21 ans et plus entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, puis 14,99 € à partir du 1er juillet. Le gouvernement n'indique plus de montant mensuel fixe.

Le vakantiegeld est-il obligatoire ?

Oui, à hauteur d'au moins 8 % du salaire brut annuel, versé en général en mai ou juin. Une convention collective peut y déroger si le salarié reçoit au moins 108 % du salaire minimum.

Le salarié paie-t-il des cotisations chômage ?

Non, les primes Awf et Zvw de l'employeur sont à sa charge seule. Le salarié ne voit que la loonheffing sur sa fiche.

À quoi servent les heffingskortingen ?

Ce sont deux crédits d'impôt, l'algemene heffingskorting (3 115 € au maximum) et l'arbeidskorting (5 685 € au maximum), qui réduisent la loonheffing quand le salarié les active chez un seul employeur.

Pour aller plus loin : organismes et ressources