Deux logiques de calcul à ne pas confondre
La retraite d’un salarié du privé repose sur deux étages qui lisent votre salaire différemment. Le régime de base (Assurance retraite) utilise un salaire annuel moyen, appelé SAM. Le régime complémentaire (Agirc-Arrco) ne calcule aucune moyenne : il achète des points avec les cotisations versées chaque année, puis multiplie le total par la valeur de service du point à la liquidation.
| Question | Régime de base | Agirc-Arrco |
|---|---|---|
| Que lit-on ? | Les 25 meilleurs salaires annuels, revalorisés | Le salaire de chaque année, tranche par tranche |
| Plafond ? | Un plafond de la Sécurité sociale par an | Tranche 1 jusqu’à 48 060 €, tranche 2 jusqu’à 384 480 € en 2026 |
| Résultat | 50 % du SAM au taux plein, proratisé | Nombre de points × 1,4386 € (valeur de service) |
Un même salaire de 30 000 € une année donnée produit donc un « salaire annuel » de 30 000 € dans le calcul de base, puis environ 92 points complémentaires, comme on le verra plus bas.
Le salaire annuel moyen : 25 meilleures années, revalorisées
Pour le régime de base, la pension à taux plein est de 50 % du salaire annuel moyen. Ce SAM est calculé en prenant les 25 meilleures années de la carrière, qui ne sont pas forcément les 25 dernières. Chaque salaire annuel est multiplié par un coefficient de revalorisation propre à l’année concernée, puis la somme des 25 montants est divisée par 25.
Deux règles méritent d’être mémorisées :
- le plafonnement : les salaires ne sont retenus que dans la limite du plafond de la Sécurité sociale de l’année concernée, seule la part sous le plafond comptant ;
- la revalorisation : les coefficients sont mis à jour au 1er janvier de chaque année et rapprochent un vieux salaire du niveau de prix actuel.
L’exemple publié par le groupement des organismes de retraite pour un départ en 2023 montre l’effet des deux règles : un salaire de 17 500 € en 1990 avec un coefficient de 1,57 devient 27 475 € ; un salaire de 30 000 € la même année est ramené au plafond de 1990 (19 977 €), puis revalorisé à 31 363,89 €. Le surplus de 10 023 € n’a donc aucun effet sur la pension de base.
Plafond de la Sécurité sociale : ce qu’il coupe, ce qu’il laisse passer
En 2026, le plafond annuel de la Sécurité sociale est de 48 060 € (4 005 € par mois), selon les paramètres Agirc-Arrco publiés pour l’année. Un cadre payé 7 000 € bruts par mois, soit 84 000 € par an, ne verra que 48 060 € entrer dans son salaire de base de l’année 2026 ; la tranche au-dessus alimente seulement la retraite complémentaire.
Cette règle explique pourquoi la pension de base est elle-même plafonnée : comme le SAM ne peut jamais dépasser le plafond revalorisé, 50 % du SAM a aussi un maximum, quel que soit le niveau de salaire. À l’inverse, une personne qui gagne moins que le plafond voit son salaire entièrement pris en compte.
- Un salarié à 3 000 € bruts par mois (36 000 € par an) : 36 000 € retenus.
- Un salarié à 4 005 € bruts par mois : exactement le plafond, 48 060 € retenus.
- Un salarié à 6 000 € bruts par mois : 48 060 € retenus sur 72 000 € perçus.
Seule la part du salaire située sous le plafond ouvre droit à pension, puisque c’est sur elle que portent les cotisations de base. Si votre rémunération comprend des primes ou des éléments particuliers, comparez les cumuls de vos bulletins avec les salaires inscrits sur votre relevé de carrière.
Valider un trimestre en 2026 : le seuil de 1 803 €
Le calcul du SAM ne dit pas combien de trimestres vous avez. La durée d’assurance se constitue séparément : un trimestre est validé quand le salaire brut de l’année atteint 150 heures de SMIC horaire. Pour 2026, la circulaire de l’Assurance retraite retient un SMIC horaire de 12,02 €, soit 1 803 € par trimestre.
| Trimestres validés | Salaire brut annuel à atteindre en 2026 |
|---|---|
| 1 | 1 803 € |
| 2 | 3 606 € |
| 3 | 5 409 € |
| 4 | 7 212 € |
Le raisonnement porte sur le salaire de l’année et non sur le nombre d’heures travaillées : quatre trimestres sont validés au maximum par année civile, même avec un salaire très supérieur à 7 212 €.
Exemple. Une personne qui a gagné 4 000 € bruts sur 2026 (intérim, contrat court) valide 2 trimestres : 4 000 € dépasse 3 606 € mais reste en dessous de 5 409 €. Une personne à temps partiel payée 800 € bruts par mois (9 600 € dans l’année) valide les 4 trimestres, car 9 600 € dépasse 7 212 €. Un temps partiel n’empêche donc pas la validation complète d’une année, mais il réduit le SAM.
Du salaire aux points Agirc-Arrco : méthode et exemples
Pour la retraite complémentaire, le salaire est découpé en deux tranches. La tranche 1 va jusqu’au plafond (4 005 € par mois ou 48 060 € par an en 2026), la tranche 2 de ce plafond à huit fois ce plafond (32 040 € par mois ou 384 480 € par an). Les taux de calcul des points sont de 6,20 % sur la tranche 1 et de 17,00 % sur la tranche 2, répartis entre employeur et salarié. Les cotisations réellement appelées sont 127 % de ces taux de calcul (7,87 % et 21,59 % au total), mais seuls les taux de calcul servent à acquérir des points.
Le prix d’achat du point, appelé salaire de référence, est de 20,1877 € au 1er janvier 2026 et la valeur de service est de 1,4386 € par point depuis le 1er novembre 2025. Le principe général du régime est de diviser la cotisation de calcul par le salaire de référence.
Exemple 1 : 30 000 € bruts dans l’année, soit entièrement en tranche 1.
- Cotisation de calcul : 30 000 × 6,20 % = 1 860 €.
- Points : 1 860 ÷ 20,1877 ≈ 92,14 points.
- Rente annuelle équivalente : 92,14 × 1,4386 ≈ 132,55 € par an.
Exemple 2 : 60 000 € bruts dans l’année.
- Tranche 1 : 48 060 × 6,20 % = 2 979,72 €, soit 147,60 points.
- Tranche 2 : (60 000 − 48 060) × 17,00 % = 2 029,80 €, soit 100,55 points.
- Total : environ 248,15 points, soit 357 € de rente annuelle.
Les points sont acquis année par année et additionnés tout au long de la carrière.
Ce qui entre en compte en dehors du salaire
Certaines périodes sans salaire ouvrent des droits, sans que la caisse retienne un salaire réel. Côté Agirc-Arrco, des points peuvent être attribués sans cotisation pendant une absence prolongée à condition d’avoir été affilié au régime au début de l’arrêt, que l’arrêt dépasse 60 jours consécutifs et que des indemnités journalières soient versées. Le nombre de points est proportionnel à ceux de l’année précédente : sur l’exemple publié (125 points l’année précédente, 100 jours d’arrêt), le calcul aboutit à 25,25 points pour maladie.
La maternité ouvre des points dans des conditions voisines (affiliation à la date du congé, plus de 60 jours consécutifs, indemnités de l’assurance maternité). Le congé de paternité donne des points si la rémunération est maintenue pendant le congé.
- Ces points sans cotisation sont plafonnés : le total des points de maladie et des points cotisés ne peut pas dépasser celui de l’année précédente.
- Une carrière partagée avec d’autres régimes ou avec l’étranger se calcule caisse par caisse ; demandez à chacune son propre relevé.
Quand le nombre de trimestres du régime général est inférieur à la durée de référence, la pension de ce régime est multipliée par un coefficient de proratisation. L’exemple publié : 120 trimestres au régime général et 47 ailleurs, soit 167 au total, donnent un coefficient de 120/167.
Conditions du taux plein et vérification de votre relevé
Le taux de 50 % s’obtient à l’âge légal de 64 ans avec le nombre de trimestres requis, entre 166 et 172 selon l’année de naissance, ou à 67 ans sans condition de trimestres. La décote et la surcote dépendent des trimestres validés tous régimes confondus ; leur barème n’est pas détaillé ici.
Avant de calculer à la main, relisez votre relevé de carrière : un salaire manquant ou erroné peut faire sortir une bonne année des 25 meilleures. Les erreurs les plus courantes sont les suivantes :
- un employeur absent du relevé pour une année d’intérim ou de contrat court ;
- un salaire reporté en net au lieu du brut ;
- une année de stage ou d’apprentissage non reportée ;
- une période à l’étranger ou dans un autre régime non rapprochée.
La démarche est simple : demandez la correction auprès de la caisse en joignant les bulletins de paie ou les attestations de l’année concernée. Plus la correction intervient tôt, plus elle est facile à documenter.
Pour un cas précis, ces règles servent de repère de lecture ; le montant définitif est notifié par la caisse à la liquidation. Les fonctionnaires relèvent d’un autre régime, fondé sur leur traitement indiciaire : cette page ne couvre pas leur calcul.
Questions fréquentes
La retraite est-elle calculée sur les 25 dernières années ou sur les 25 meilleures ?
Sur les 25 meilleures années, qui ne sont pas forcément les dernières. Chaque salaire annuel est revalorisé par un coefficient, plafonné au plafond de la Sécurité sociale de l’année concernée, puis la moyenne donne le salaire annuel moyen sur lequel s’applique le taux de 50 % à taux plein.
Combien faut-il gagner pour valider un trimestre en 2026 ?
1 803 € de salaire brut dans l’année, soit 150 heures de SMIC horaire à 12,02 €. Pour valider deux, trois et quatre trimestres, il faut respectivement 3 606 €, 5 409 € et 7 212 €. Quatre trimestres sont le maximum par année civile.
Les salaires au-dessus du plafond de la Sécurité sociale comptent-ils ?
Pas pour la retraite de base : seule la part sous le plafond est retenue (48 060 € en 2026). La part au-delà alimente la tranche 2 de la retraite complémentaire Agirc-Arrco, jusqu’à 384 480 € par an.
Comment calcule-t-on les points Agirc-Arrco d’une année ?
On applique au salaire de chaque tranche le taux de calcul (6,20 % en tranche 1, 17,00 % en tranche 2), puis on divise par le salaire de référence de 20,1877 € en 2026. Pour 30 000 € bruts, cela donne environ 92 points, valorisés à 1,4386 € chacun à la liquidation.
Un temps partiel fait-il perdre des trimestres ?
Pas forcément. La validation dépend du salaire de l’année : à 800 € bruts par mois, soit 9 600 € par an, les quatre trimestres sont validés puisque le seuil est de 7 212 € en 2026. Le temps partiel réduit en revanche le salaire annuel moyen et le nombre de points.
Les indemnités de maladie comptent-elles pour la retraite complémentaire ?
Oui sous conditions : arrêt de plus de 60 jours consécutifs, affiliation à la date de début de l’arrêt et versement d’indemnités journalières. Les points attribués dépendent de ceux acquis l’année précédente.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- La retraite en clair — Calculer sa retraite de base à taux pleinPrésente la formule officielle du SAM, le plafonnement par le plafond de la Sécurité sociale et le coefficient de proratisation avec exemples.
- Assurance retraite — Circulaire CNAV 2025-33 sur les valeurs 2026Texte de la caisse nationale qui fixe le salaire à retenir pour valider 1 à 4 trimestres en 2026 (1 803 € à 7 212 €).
- Agirc-Arrco — Points de retraite et évènements de la vieExplique l’attribution de points pendant la maladie, la maternité ou la paternité, avec un exemple chiffré de plafonnement.
