Ce qui change en 2026 : la fin de l'abattement dégressif

Jusqu'en 2025, l'abattement mensuel estonien (maksuvaba tulu) dépendait du revenu : plus le revenu annuel était élevé, plus l'abattement diminuait, jusqu'à disparaître pour les plus hauts salaires. Cette dégressivité, qu'on appelait « maksuküür » (la rampe fiscale), est supprimée à compter de 2026. Selon l'administration fiscale et douanière (EMTA), tout résident de moins de 65 ans bénéficie désormais de 700 euros par mois, soit 8 400 euros par an, sans condition de revenu.

Pour les personnes ayant atteint l'âge légal de la retraite, l'abattement est de 776 euros par mois, soit 9 312 euros par an. À titre de repère historique, la déclaration de revenus de l'année 2025, déposée à partir du 16 février 2026, applique encore un abattement annuel de 7 848 euros, alors que celle de l'année 2026, déposée à partir du 15 février 2027, appliquera 8 400 euros.

Le calendrier fiscal a une conséquence pratique : l'impôt est dû à la date réelle du paiement du salaire (principe de caisse). Un salaire de décembre 2025 versé en janvier 2026 relève donc des règles de 2026, et non de celles de l'année pour laquelle il a été gagné. C'est une source d'erreur fréquente dans les simulations de fin d'année.

Les retenues du salarié : chômage, deuxième pilier et impôt

Le salaire estonien ne comporte que trois retenues côté salarié, ce qui rend la fiche de paie plus lisible que dans la plupart des pays européens. La première est la cotisation d'assurance chômage (töötuskindlustusmakse), de 1,6 % pour le salarié et de 0,8 % pour l'employeur en 2026. La deuxième est la contribution à la retraite par capitalisation (kogumispension), le deuxième pilier, de 2 %, 4 % ou 6 % du salaire au choix du salarié. La troisième est l'impôt sur le revenu, retenu à la source à 22 %.

Le taux de 2 % est le niveau de base. Le Centre estonien des pensions décrit la procédure pour relever la contribution à 4 % ou à 6 % : le choix relève du salarié, qui doit en faire la demande. Cette cotisation est déductible de la base imposable, ce qui réduit l'impôt dû : le coût net d'un point de pension supplémentaire est donc de 78 centimes pour 1 euro de salaire, dès que l'assiette imposable est positive.

L'employeur verse en plus un impôt social de 33 % sur le salaire brut. Cette charge finance l'assurance maladie et la retraite de base (premier pilier) et n'apparaît pas dans le net du salarié ; elle sert uniquement à mesurer le coût total d'emploi.

La méthode de calcul pas à pas

Pour passer du brut mensuel au net, l'ordre des opérations est le suivant :

  1. Calculer la cotisation chômage : brut multiplié par 1,6 %.
  2. Calculer la contribution au deuxième pilier : brut multiplié par 2 %, 4 % ou 6 % selon le choix du salarié.
  3. Déterminer l'assiette de l'impôt : brut moins cotisation chômage, moins contribution de retraite, moins abattement de 700 euros (si l'employeur l'applique).
  4. Multiplier l'assiette par 22 %, sans descendre sous zéro.
  5. Net = brut moins cotisation chômage, moins contribution de retraite, moins impôt.

L'abattement doit être demandé par écrit auprès de l'employeur, qui l'applique à un seul poste. Un salarié qui cumule deux emplois ne peut le faire valoir que chez l'un d'eux ; l'autre employeur retient 22 % sur la totalité de la base. Si l'abattement n'est pas utilisé en totalité durant l'année, la régularisation se fait à la déclaration annuelle.

Trois exemples chiffrés avec les paramètres de 2026

Les calculs ci-dessous supposent un résident de moins de 65 ans, un seul employeur, un abattement demandé et la contribution minimale de 2 % au deuxième pilier, sauf indication contraire.

LigneBrut 886 €Brut 2 000 €Brut 5 000 €
Assurance chômage 1,6 %14,1832,0080,00
Deuxième pilier 2 %17,7240,00100,00
Assiette après abattement 700 €154,101 228,004 120,00
Impôt 22 %33,90270,16906,40
Net820,201 657,843 913,60
Net en pourcentage du brut92,6 %82,9 %78,3 %

Pour le salaire de 2 000 euros, un salarié qui passe à 4 % de deuxième pilier cotise 80 euros, son assiette tombe à 1 188 euros, l'impôt à 261,36 euros et le net à 1 626,64 euros : le net baisse de 31,20 euros, soit 78 % de l'effort d'épargne supplémentaire de 40 euros.

Côté employeur, le salaire de 2 000 euros coûte 2 000 euros plus 660 euros d'impôt social et 16 euros de cotisation chômage patronale, soit 2 676 euros au total. Le salaire de 886 euros correspond à la base mensuelle minimale de l'impôt social, qui entraîne une charge sociale minimale de 292,38 euros par mois.

Impôt social, base minimale et indemnités maladie

L'impôt social (sotsiaalmaks) de 33 % est à la charge exclusive de l'employeur. Il est calculé sur le salaire brut, avec une base minimale de 886 euros par mois, soit une obligation minimale de 292,38 euros. Pour un salaire mensuel inférieur à ce seuil, la règle de la base minimale peut obliger l'employeur à verser tout de même le minimum ; les cas particuliers (temps partiel, incapacité de travail) sont à vérifier auprès d'EMTA.

Pour les arrêts maladie, l'indemnité de la Caisse d'assurance maladie (Tervisekassa) est plafonnée à 126,87 euros par jour depuis le 1er janvier 2026, et elle est versée à partir du neuvième jour d'arrêt ; l'employeur prend en charge les jours qui précèdent, selon les règles en vigueur. Pour les personnes à capacité de travail réduite, l'État finance 20 % de la base de 886 euros, soit 177,20 euros, via la Caisse d'assurance chômage.

Aucun impôt de sécurité (julgeolekumaks) n'a été introduit sur les salaires ou sur les pensions : cette hypothèse, évoquée dans le débat public, ne s'applique pas à la paie 2026.

Épargne retraite facultative et déductions supplémentaires

En plus du deuxième pilier, le troisième pilier (retraite supplémentaire volontaire) donne droit à une déduction fiscale : les versements sont déductibles dans la limite de 15 % du revenu imposable, avec un plafond de 6 000 euros par an. Les dons, cadeaux et formations déductibles sont plafonnés ensemble à 1 200 euros par an. Ces déductions se réclament dans la déclaration annuelle, et non dans la retenue mensuelle de l'employeur.

Pour un salarié à 3 000 euros bruts par mois, soit 36 000 euros par an, la limite de 15 % représente 5 400 euros de versement déductible, soit un gain fiscal maximal de 1 188 euros à 22 %. Ce calcul suppose que le plafond de 6 000 euros n'est pas atteint et que la déduction est complète ; le gain réel dépend du revenu imposable après les autres déductions.

Pas de treizième mois légal, et un contrat toujours en euros

L'Estonie utilise l'euro depuis 2011. La loi estonienne ne prévoit pas de treizième mois obligatoire ; les primes annuelles ou de performance sont une affaire contractuelle et sont soumises à l'impôt de 22 % et aux cotisations au moment de leur paiement. Il en va de même des indemnités de congé payé, dont l'imposition suit la date de versement et non la période de congé.

Le seul paramètre de seuil minimal cité par l'administration fiscale est la base de 886 euros pour l'impôt social. Le salaire minimum légal n'a pas fait l'objet d'une vérification propre pour cette page : le montant en vigueur doit être consulté auprès de l'inspection du travail ou du ministère concerné.

Questions fréquentes

Quel est le taux d'impôt sur le revenu en Estonie en 2026 ?

Le taux est de 22 %, unique et sans tranches, appliqué après déduction des cotisations du salarié et de l'abattement personnel de 700 euros par mois.

L'abattement de 700 euros dépend-il du salaire ?

Non. Depuis le 1er janvier 2026, l'abattement est fixe à 700 euros par mois (8 400 euros par an) pour les moins de 65 ans. Il était dégressif jusqu'en 2025.

Peut-on demander l'abattement à deux employeurs ?

Non. La demande écrite ne peut être remise qu'à un seul employeur. L'autre employeur retient 22 % sur toute la base.

Qui paie la cotisation chômage ?

Le salarié paie 1,6 % et l'employeur 0,8 % du salaire brut en 2026.

Le deuxième pilier est-il obligatoire ?

La contribution de base est de 2 %, avec la possibilité de la porter à 4 % ou 6 %. Le Centre estonien des pensions explique comment modifier ce taux.

À quel moment le salaire est-il imposé ?

L'impôt s'applique à la date du paiement effectif. Un salaire de décembre 2025 versé en janvier 2026 suit donc les règles de 2026.

Pour aller plus loin : organismes et ressources