Le point de départ : un salaire mensuel brut en euros

La Lituanie utilise l'euro depuis 2015 et exprime presque tous les salaires en brut mensuel, appelé « atlyginimas ant popieriaus » (littéralement « salaire sur papier »). Le montant versé sur le compte bancaire, « į rankas » (« dans la main »), est le seul chiffre qui intéresse vraiment un salarié, et c'est celui que cette page appelle le net. Aucun prélèvement à la source distinct n'existe en dehors de l'impôt sur le revenu des personnes physiques : l'employeur retient lui-même, chaque mois, les cotisations de sécurité sociale et l'impôt, puis les reverse.

Deux organismes se partagent le dossier. La caisse de sécurité sociale Sodra encaisse les cotisations et verse retraites, indemnités de maladie et allocations de chômage. L'administration fiscale, la VMI (Valstybinė mokesčių inspekcija), fixe les règles de l'impôt, dit GPM (« gyventojų pajamų mokestis »). Les deux calculs ne dépendent pas l'un de l'autre : la cotisation Sodra ne vient pas réduire la base de l'impôt, ce qui distingue nettement le système lituanien de celui de la France, où la CSG déductible allège la base imposable.

Les cotisations salariales de 19,5 %

Selon le guide de paie 2026 publié par le cabinet Eurofast, le salarié supporte deux cotisations prélevées sur le brut : 12,52 % pour l'assurance sociale d'État (la retraite de base et les prestations associées) et 6,98 % pour l'assurance maladie obligatoire. Le total ressort à 19,5 %. Ces taux sont issus d'une source de conseil et non du site de Sodra, qui n'a pas pu être consulté pour cette page : à confirmer auprès de Sodra avant tout calcul contractuel.

S'y ajoute, pour les salariés qui y ont adhéré, une épargne retraite complémentaire par capitalisation. Le même guide la situe entre 2,7 % et 3 % du brut, en plus des 19,5 %. Elle est volontaire pour qui n'a pas fait le choix, mais elle explique que certaines fiches de paie portent un prélèvement supérieur au taux de base.

Côté employeur, la cotisation à Sodra est très faible par comparaison avec la France : 1,77 % pour un contrat à durée indéterminée et 2,49 % pour un contrat à durée déterminée, toujours d'après Eurofast. Un salaire brut de 2 000 € coûte ainsi environ 2 035 € à l'employeur en contrat permanent, hors autres frais. Ce choix du législateur déplace la charge vers le salarié et explique que le « super-brut » lituanien soit proche du brut affiché.

L'impôt GPM : 20 %, 25 % et 32 % selon le revenu annuel

D'après la VMI, l'impôt sur les revenus d'activité est progressif, mais ses seuils se mesurent à l'année et se rattachent à un indicateur appelé VDU, le salaire moyen national servant de référence. Pour 2026, la VMI fixe le VDU mensuel à 2 312,15 €. Les tranches sont les suivantes.

Revenu annuel d'activitéMultiple du VDUSeuil en euros (2026)Taux GPM
Jusqu'à36 VDU83 237,40 €20 %
De 83 237,40 € à60 VDU138 729 €25 %
Au-delà de60 VDU138 729 €32 %

Pour un salarié ordinaire, le taux de 20 % s'applique donc pendant toute l'année : il faudrait dépasser un brut moyen d'environ 6 936 € par mois pour entrer dans la tranche de 25 %. Un autre document de conseil cite des seuils légèrement différents (82 962 € pour la première tranche) ; la page de la VMI sur les modifications au 1er janvier 2026 fait foi, et c'est elle que ce texte retient. Les revenus de capitaux, les dividendes ou certaines ventes relèvent d'autres taux, notamment un taux fixe de 15 % pour certaines catégories, qui ne concernent pas le salaire.

Le NPD : la déduction forfaitaire qui fond avec le salaire

Avant d'appliquer le taux de 20 %, l'employeur retire de la base un montant exonéré appelé NPD (« neapmokestinamasis pajamų dydis », soit « montant de revenu non imposable »). La VMI en donne la règle 2026 pour un salarié dont c'est l'employeur principal.

Cette décroissance est le trait le plus original du système. Elle crée une zone, entre 1 153 € et 2 677 €, où l'effort fiscal marginal grimpe fortement, alors que les très bas salaires bénéficient d'un abattement presque total. Pour un revenu annuel, la VMI applique la même logique avec un maximum de 8 964 € quand le revenu annuel reste inférieur ou égal à 13 836 € (12 fois le salaire minimum), et un montant annuel qui s'annule à 32 129,88 €.

Exemples chiffrés : de 1 153 € à 5 000 € bruts

Le tableau applique les règles ci-dessus : cotisations de 19,5 % du brut, GPM à 20 % de (brut − NPD), net = brut − cotisations − GPM. Les centimes sont arrondis ; la fiche réelle peut différer de quelques centimes selon la méthode d'arrondi de l'employeur.

Brut mensuelNPDCotisations 19,5 %GPM 20 %Net verséNet en % du brut
1 153,00 €747,00 €224,84 €81,20 €846,96 €73,5 %
1 500,00 €576,97 €292,50 €184,61 €1 022,89 €68,2 %
2 000,00 €331,97 €390,00 €333,61 €1 276,39 €63,8 %
2 500,00 €86,97 €487,50 €482,61 €1 529,89 €61,2 %
3 500,00 €0,00 €682,50 €700,00 €2 117,50 €60,5 %
5 000,00 €0,00 €975,00 €1 000,00 €3 025,00 €60,5 %

Détail pour 2 000 € bruts

  1. Cotisations : 12,52 % = 250,40 € et 6,98 % = 139,60 €, soit 390,00 €.
  2. NPD : 747 − 0,49 × (2 000 − 1 153) = 747 − 415,03 = 331,97 €.
  3. Base imposable : 2 000 − 331,97 = 1 668,03 € ; GPM à 20 % = 333,61 €.
  4. Net : 2 000 − 390,00 − 333,61 = 1 276,39 €.

Ces résultats supposent un seul employeur, aucune épargne retraite facultative et l'application du NPD par l'employeur principal.

Le taux marginal réel entre 1 153 € et 2 677 €

Comme le NPD baisse de 0,49 € par euro gagné, la base imposable augmente de 1,49 € pour chaque euro de brut en plus. L'impôt marginal est donc de 20 % × 1,49, soit 29,8 %, auquel s'ajoutent 19,5 % de cotisations : sur chaque euro supplémentaire, 49,3 centimes partent en prélèvements et 50,7 centimes restent. Passé 2 677,49 €, le NPD est épuisé, le taux marginal retombe à 39,5 % (20 % + 19,5 %) et le net marginal remonte à 60,5 centimes par euro.

La conséquence pratique se lit dans le tableau : de 1 153 € à 2 000 €, le net passe de 846,96 € à 1 276,39 €, soit 429,43 € de plus pour 847 € de brut supplémentaire, ce qui représente 50,7 %. Pour négocier une augmentation, il vaut mieux raisonner en net : une hausse de 100 € bruts à 1 800 € rapporte 50,70 € dans la poche, contre 60,50 € à partir de 2 700 €.

Salaire minimum, congés et autres particularités

Le salaire minimum mensuel brut, le MMA, est de 1 153 € au 1er janvier 2026, valeur confirmée par la VMI. Il sert aussi de seuil au calcul du NPD. Le taux horaire minimal de 7,05 € cité dans le guide Eurofast est une valeur de 2025 et n'a pas été confirmé pour 2026 : à vérifier auprès du ministère de la Sécurité sociale et du Travail avant de le reprendre.

Il n'existe pas de treizième mois obligatoire ; si un employeur en verse un, il est traité comme du salaire et soumis aux mêmes prélèvements. Les congés payés comptent au minimum 20 jours ouvrables par an, dont une partie d'au moins 10 jours consécutifs, auxquels s'ajoutent 14 jours fériés, toujours d'après Eurofast. En cas de maladie, l'employeur paie les deux premiers jours calendaires, puis Sodra prend le relais avec une indemnité comprise entre 62,06 % et 100 % du salaire de référence.

Depuis le 1er janvier 2026, les primes d'assurance maladie complémentaire payées par l'employeur sont exonérées d'impôt jusqu'à 350 € par an et par salarié, à condition que l'ensemble des primes de santé, de vie et de retraite versées par l'employeur ne dépasse pas 25 % du revenu annuel d'activité. Au-delà, la fraction excédentaire est traitée comme un avantage en nature imposable.

Lire une offre lituanienne quand on vient de France

Pour un lecteur français, la comparaison se fait mieux sur le coût total pour l'employeur que sur le brut affiché. La part patronale lituanienne, de 1,77 % ou 2,49 % selon le type de contrat, est très inférieure à ce que représentent les cotisations patronales françaises : à brut égal, l'offre lituanienne ne dit donc pas grand-chose du coût réel du poste, et le salarié supporte lui-même la plus grande part du financement de la protection sociale.

Un brut de 2 000 € à Vilnius donne 1 276,39 € versés sur le compte. Pour savoir ce que vaut ce montant, il faut aussi comparer le coût de la vie local, le régime de retraite auquel le salarié cotise et la protection en cas de maladie ou de chômage. Un salarié français détaché ou installé en Lituanie doit enfin vérifier le régime de sécurité sociale qui lui est applicable (règlements européens de coordination, voir le centre de liaison CLEISS) et la convention fiscale entre les deux pays, qui évite la double imposition sans dispenser de déclarer ses revenus.

Questions fréquentes

Quel est le salaire minimum en Lituanie en 2026 ?

Le salaire minimum mensuel brut est de 1 153 € au 1er janvier 2026, selon l'administration fiscale lituanienne. Il sert aussi de seuil pour le calcul de la déduction forfaitaire NPD.

Quelles cotisations le salarié paie-t-il à Sodra ?

D'après le guide de paie 2026 d'Eurofast, 12,52 % pour l'assurance sociale d'État et 6,98 % pour l'assurance maladie, soit 19,5 % du brut. Ces taux restent à confirmer sur le site de Sodra.

Qu'est-ce que le NPD et comment se calcule-t-il ?

Le NPD est le montant de revenu exonéré d'impôt chaque mois. Il vaut 747 € jusqu'à 1 153 € de brut, puis diminue de 0,49 € par euro supplémentaire, selon la formule 747 − 0,49 × (brut − 1 153), et tombe à zéro à 2 677,49 € de brut.

À partir de quel salaire le taux d'impôt monte-t-il à 25 % ?

Le taux de 25 % ne s'applique qu'au revenu annuel d'activité situé entre 36 et 60 fois le salaire moyen national (VDU). En 2026, cela correspond à la tranche comprise entre 83 237,40 € et 138 729 € par an.

Existe-t-il un treizième mois en Lituanie ?

Non, aucun treizième mois n'est imposé par la loi. S'il figure au contrat, il est soumis aux mêmes cotisations et au même impôt que le reste du salaire.

Combien l'employeur paie-t-il de cotisations en plus du brut ?

Selon Eurofast, 1,77 % pour un contrat permanent et 2,49 % pour un contrat à durée déterminée, nettement moins qu'en France.

Pour aller plus loin : organismes et ressources