La gourde et les institutions à connaître

La monnaie haïtienne est la gourde (HTG). Le salarié du secteur formel relève de l'Institut haïtien de sécurité sociale, qui regroupe deux offices : l'ONA, Office national d'assurance vieillesse, chargé des pensions de vieillesse, d'invalidité et de survivants, et l'OFATMA, Office d'assurance accidents du travail, maladie et maternité. Le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) exerce la tutelle générale, et la Direction générale des impôts (DGI) perçoit l'impôt sur le revenu.

Dans l'usage, les employeurs retiennent la cotisation ONA et la cotisation OFATMA sur le bulletin, puis reversent le tout aux offices. Une particularité est que beaucoup de salariés ne voient que très partiellement les droits correspondants : l'affiliation réelle dépend du fait que l'employeur déclare et verse, ce qui rend utile de demander son numéro d'affiliation et de vérifier ses versements.

Les montants que cite cette page proviennent de sources dont l'ancienneté varie : l'édition 2019 de la publication de l'administration américaine de la sécurité sociale (page certifiée le 1er avril 2026), un tableau de salaires minimaux de WageIndicator et un guide de paie privé sans date d'effet. Aucun texte haïtien n'a pu être consulté directement.

Les cotisations salariales : ce qui est établi et ce qui diverge

Selon la publication américaine pour les Amériques 2019, les cotisations se répartissent ainsi.

Office et brancheSalariéEmployeur
ONA : vieillesse, invalidité, survivants6 %6 %
OFATMA : maladie et maternité3 %3 %
OFATMA : accidents du travail0 %2 % (commerce), 3 % (industrie, construction, agriculture) ou 6 % (mines)

La part salariale cumulée serait donc de 9 % du salaire. La même page ne cite aucun plafond d'assiette. Elle précise en revanche que, pour l'ONA, l'assiette est au moins égale au salaire minimum journalier légal, qui varie, selon la page, de 250 gourdes pour les travailleurs domestiques à 550 gourdes pour des secteurs comme la finance, les télécommunications et le commerce. Ces valeurs minimales datent de l'édition 2019 et ont été dépassées par la revalorisation de 2022 (voir plus bas).

Le guide Rivermate indique de son côté que la cotisation OFATMA du salarié serait d'environ 6 % selon la nature du travail, que l'ONA de l'employeur est de 6 %, que l'OFATMA employeur va de 2 % à 6 % et que l'employeur verse en outre 1 % à l'Institut national de formation professionnelle (INFP). La différence sur la part OFATMA salarié (3 % ou 6 %) n'est pas résolue par les sources consultées. Elle change le net de trois points : à vérifier sur un bulletin récent.

Le salaire minimum journalier par secteur

Contrairement à la plupart des pays francophones, le minimum haïtien se déclare par jour. WageIndicator indique les montants suivants, applicables depuis le 21 février 2022 (page valide pour septembre 2025, sans base légale citée).

SecteurMinimum journalier (HTG)
Industries du segment A770
Industries du segment B615
Industries du segment C540
Industries d'assemblage pour l'exportation685
Agences de sécurité privée et distribution de pétrole615
Écoles professionnelles privées et établissements de santé privés de plus de 10 salariés avec hospitalisation615
Travailleurs domestiques350

Trois remarques de lecture. D'abord, l'échelle des segments A, B et C regroupe des activités classées par l'arrêté de fixation : l'appartenance d'une entreprise à un segment se vérifie auprès du MAST, pas par déduction. Ensuite, l'écart entre le travail domestique (350) et le segment A (770) dépasse le double, ce qui montre la fragmentation du marché du travail. Enfin, un minimum journalier ne se convertit pas en minimum mensuel de façon unique : le nombre de jours rémunérés par mois dépend de la durée du travail et des usages de l'entreprise. Aucune règle de conversion officielle n'a été consultée, et je ne propose donc pas de montant mensuel.

Le chiffre le plus récent n'est pas garanti : un ajustement postérieur à 2022 n'est pas exclu, et il convient de demander au MAST l'arrêté en vigueur.

L'impôt sur le revenu des salariés

Rivermate présente le barème progressif suivant pour le revenu annuel imposable en gourdes, sans en indiquer la date d'entrée en vigueur ; il doit être confirmé auprès de la DGI avant utilisation.

Revenu annuel imposable (HTG)Taux
Jusqu'à 120 0000 %
120 001 à 240 00010 %
240 001 à 480 00015 %
480 001 à 1 000 00025 %
Au-delà de 1 000 00030 %

Pour mesurer la portée de ce barème, rapprochons-le d'un minimum de 770 gourdes par jour : sur une base de 260 jours par an (hypothèse de calcul uniquement), cela donne environ 200 200 gourdes par an, donc une rémunération qui entrerait dans la tranche à 10 %. Un salarié au minimum du segment C (540 gourdes par jour, soit environ 140 400 gourdes par an sur la même base) n'en sortirait qu'à peine de la tranche exonérée. Ce rapprochement est indicatif : il ne tient compte ni des déductions éventuelles, ni du caractère effectivement annualisé de la retenue.

Les employeurs retiennent normalement l'impôt à la source sur les salaires et le reversent à la DGI. Si vous avez plusieurs employeurs ou des revenus complémentaires, une déclaration personnelle peut être nécessaire.

Un net illustratif avec les seules cotisations

Pour éviter d'afficher un net faussement précis, la suite ne retient que les cotisations de l'édition 2019 (9 % pour le salarié) en excluant l'impôt, et prend un salaire fictif de 25 000 gourdes par mois.

  1. ONA salarié : 6 % de 25 000 = 1 500 gourdes.
  2. OFATMA salarié : 3 % de 25 000 = 750 gourdes.
  3. Total des retenues sociales : 2 250 gourdes.
  4. Net avant impôt : 22 750 gourdes.

Si la cotisation OFATMA du salarié est en réalité de 6 %, comme le suggère un autre guide, la retenue sociale monte à 3 000 gourdes et le net avant impôt tombe à 22 000 gourdes. Cet écart de 750 gourdes par mois, soit 9 000 par an, justifie à lui seul de comparer ce tableau avec votre bulletin.

L'impôt s'ajoute ensuite. Dans le barème de Rivermate, une rémunération annuelle de 300 000 gourdes (25 000 par mois) dépasse les 240 000 de la tranche à 10 % et entre dans celle de 15 %, mais le calcul exact dépend de la base imposable, que les sources ne définissent pas.

Particularités et précautions pour un salarié ou un expatrié

Plusieurs points distinguent la paie haïtienne. La rémunération journalière et la grande part d'emploi informel rendent la preuve de l'emploi difficile : conservez vos bulletins, contrats et relevés de versement aux offices. Les secteurs exportateurs d'assemblage ont leurs propres minima, tandis que le travail domestique reste le moins protégé. Les entreprises du secteur privé complètent parfois le salaire par des primes de transport, de repas ou de logement, dont le régime social n'est pas décrit par les sources consultées.

Pour un expatrié ou un détaché, la question centrale est la couverture sociale d'origine : le CLEISS publie, pour les régimes français, les règles de maintien d'affiliation à l'étranger, tandis que la couverture locale dépend de l'accord éventuel entre les deux pays. Enfin, dans un contexte où l'inflation et les variations de change sont importantes, les salaires fixés en dollars et convertis en gourdes à un taux variable obligent à indiquer dans le contrat le taux et la date de conversion.

Questions fréquentes

Quelles sont les cotisations salariales en Haïti ?

D'après la publication américaine de 2019, le salarié cotise à hauteur de 6 % à l'ONA (vieillesse, invalidité, survivants) et de 3 % à l'OFATMA (maladie et maternité), soit 9 %. Un guide de paie cite environ 6 % pour l'OFATMA : l'écart est à vérifier sur le bulletin.

Quel est le salaire minimum en Haïti ?

Il est fixé par jour et par secteur. D'après WageIndicator, depuis le 21 février 2022, il va de 350 gourdes par jour pour les travailleurs domestiques à 770 gourdes pour les industries du segment A. L'arrêté en vigueur doit être demandé au ministère des Affaires sociales et du Travail.

Qui gère les cotisations ?

L'ONA gère la vieillesse, l'invalidité et les survivants ; l'OFATMA gère l'assurance maladie, la maternité et les accidents du travail. Les deux offices dépendent de l'Institut haïtien de sécurité sociale, sous la tutelle du MAST.

L'impôt sur le revenu est-il retenu à la source ?

Les employeurs retiennent normalement l'impôt sur les salaires à la source et le reversent à l'administration fiscale. Le barème rapporté par un guide privé va de 0 % à 30 % ; il est à confirmer auprès de la Direction générale des impôts.

Peut-on convertir le minimum journalier en minimum mensuel ?

Pas de façon unique : le nombre de jours rémunérés par mois dépend de l'organisation du travail et des usages. Aucune règle officielle de conversion n'a été consultée pour cette page.

Pour aller plus loin : organismes et ressources