Le vocabulaire de la paie chilienne
Une fiche de paie chilienne (liquidación de sueldo) distingue plusieurs notions qui n’ont pas d’équivalent exact en France. La « remuneración imponible » est la rémunération sur laquelle se calculent les cotisations ; elle comprend le sueldo base, les gratifications, les primes et les commissions, mais pas certains remboursements de frais. Le « sueldo líquido » est le montant effectivement versé après cotisations et impôt. Entre les deux, l’employeur retient les prélèvements obligatoires pour le compte du salarié.
Le système de retraite est géré par des sociétés privées, les AFP (Administradoras de Fondos de Pensiones), supervisées par la Superintendencia de Pensiones. L’assurance maladie est publique (Fonasa) ou privée (Isapre) au choix du salarié. L’assurance chômage (Seguro de Cesantía) est administrée par une entité dédiée, l’AFC. L’impôt, lui, est collecté par le Servicio de Impuestos Internos (SII).
Les montants se lisent en pesos chilenos (CLP). Le salaire se verse chaque mois, il n’existe pas de treizième mois légal généralisé, et la fiche de paie est en général libellée en pesos, parfois avec des plafonds exprimés en unités de fomento (UF), une unité de compte indexée sur l’inflation.
Les cotisations salariales : AFP, santé et chômage
La Superintendencia de Pensiones indique que la cotisation obligatoire de retraite est de 10 % de la rémunération imposable mensuelle, jusqu’à un plafond de 90 UF. S’y ajoute la commission de l’AFP, qui rémunère la société de gestion : la fiche officielle sur les cotisations mentionne une fourchette de 0,69 % à 1,45 % selon l’AFP choisie. La santé représente 7 %, versés à Fonasa ou à une Isapre. L’assurance chômage retient 0,6 % pour un contrat à durée indéterminée.
| Cotisation | Taux salarié | Plafond mensuel 2026 |
|---|---|---|
| Retraite (compte individuel AFP) | 10 % | 90,0 UF |
| Commission AFP | 0,69 % à 1,45 % selon l’AFP | 90,0 UF |
| Santé (Fonasa ou Isapre) | 7 % | 90,0 UF |
| Assurance chômage, CDI | 0,6 % | 135,2 UF |
| Assurance chômage, CDD | 0 % (à la charge de l’employeur) | 135,2 UF |
L’employeur verse de son côté 2,4 % pour un CDI (dont 1,6 % sur le compte individuel du salarié et 0,8 % au fonds solidaire) ou 3 % pour un CDD. Les plafonds de 2026 ont été annoncés par la Superintendencia de Pensiones le 10 février 2026 : 90,0 UF pour la retraite, la santé et les accidents du travail, 135,2 UF pour l’assurance chômage. La valeur de l’UF change chaque jour ; la conversion en pesos se fait avec la valeur publiée par la banque centrale.
La réforme des retraites de 2025
La loi 21.735, publiée le 26 mars 2025, crée une cotisation supplémentaire à la charge exclusive de l’employeur. Elle débute à 1 % et monte chaque année sur neuf ans jusqu’à 7 %, et vient s’ajouter à l’assurance invalidité-survie (SIS). Elle n’est pas retenue sur le salaire : le net du salarié n’en est pas affecté, mais elle augmente le coût du travail pour l’employeur.
L’impôt unique de deuxième catégorie
Les salariés sont soumis à l’impôt unique de deuxième catégorie (Impuesto Único de Segunda Categoría, IUSC), retenu chaque mois par l’employeur. Le SII publie une table mensuelle dont les seuils sont exprimés en unités tributaires mensuelles (UTM) et convertis en pesos chaque mois. Dans la table affichée pour novembre 2026, la rémunération nette de cotisations se répartit ainsi.
| Tranche mensuelle (CLP) | Facteur | Somme à déduire (CLP) |
|---|---|---|
| 0 à 977 940 | Exonéré | – |
| 977 940 à 2 173 200 | 4 % | 39 117,60 |
| 2 173 200 à 3 622 000 | 8 % | 126 045,60 |
| 3 622 000 à 5 070 800 | 13,5 % | 325 255,60 |
| 5 070 800 à 6 519 600 | 23 % | 806 981,60 |
| 6 519 600 à 8 692 800 | 30,4 % | 1 289 432 |
| 8 692 800 à 22 456 400 | 35 % | 1 689 300,80 |
| au-delà de 22 456 400 | 40 % | 2 812 120,80 |
La formule est simple : impôt = revenu net de cotisations × facteur − somme à déduire. La ligne « tasa efectiva máxima » du SII montre que le taux moyen d’un revenu situé en haut de chaque tranche reste inférieur au facteur : 2,20 % au sommet de la deuxième tranche, 4,52 % pour la troisième.
La base de l’IUSC est la rémunération imposable diminuée des cotisations obligatoires de retraite, de santé et de chômage. Les seuils de la table varient chaque mois avec la valeur de l’UTM : le seuil d’exonération de 977 940 CLP correspond à 13,5 UTM, ce qui implique une UTM de 72 440 CLP dans la table citée. Un calcul fait avec une autre table donnera des seuils légèrement différents.
Trois exemples chiffrés
Hypothèses communes : un contrat à durée indéterminée, une rémunération imposable sous le plafond de 90 UF, une commission d’AFP de 1 % (hypothèse de travail, à remplacer par le taux de l’AFP du salarié), santé à 7 % et chômage à 0,6 %, soit 18,6 % de retenues. L’impôt utilise la table de novembre 2026 du SII.
| Ligne | 553 553 (minimum) | 1 200 000 | 2 000 000 |
|---|---|---|---|
| Retraite 10 % | 55 355 | 120 000 | 200 000 |
| Commission AFP 1 % | 5 536 | 12 000 | 20 000 |
| Santé 7 % | 38 749 | 84 000 | 140 000 |
| Chômage 0,6 % | 3 321 | 7 200 | 12 000 |
| Total cotisations | 102 961 | 223 200 | 372 000 |
| Base de l’impôt | 450 592 | 976 800 | 1 628 000 |
| IUSC | 0 | 0 | 26 002 |
| Net (líquido) | 450 592 | 976 800 | 1 601 998 |
Dans la troisième colonne, l’impôt vaut 1 628 000 × 4 % − 39 117,60 = 26 002,40 CLP, soit 1,3 % du brut. Pour 1 200 000 CLP, la base de 976 800 CLP tombe tout juste sous le seuil d’exonération de 977 940 CLP : l’impôt est nul, bien que le salaire brut dépasse largement ce chiffre. C’est une particularité chilienne : le seuil s’applique après cotisations, pas sur le brut.
Le salaire minimum de la loi 21.830
La loi 21.830, promulguée le 18 juin 2026 et publiée au Journal officiel le 22 juin 2026, a relevé le revenu minimum mensuel (ingreso mínimo mensual) à compter du 1er mai 2026, avec effet rétroactif. Les montants sont les suivants.
| Catégorie | Montant mensuel (CLP) |
|---|---|
| Travailleurs de 18 à 65 ans | 553 553 |
| Moins de 18 ans et plus de 65 ans | 412 938 |
| Effets non rémunératoires | 356 815 |
Le texte prévoit aussi un ajustement au 1er janvier 2027 selon l’inflation cumulée de mai à décembre 2026, mesurée par l’institut national de statistique (INE). Le minimum de 553 553 CLP équivaut à un net d’environ 450 600 CLP avec les hypothèses de cotisations ci-dessus. Sur ce montant, les 18,6 % de retenues comprennent l’épargne retraite individuelle (10 %), qui alimente le compte AFP du salarié et lui reste acquise.
Gratification, primes et indemnités : points de vigilance
La rémunération chilienne comporte souvent des éléments variables. La gratification légale, les primes de production et les commissions entrent dans la rémunération imposable, sauf stipulation particulière : elles se cotisent donc comme le salaire, dans la limite du plafond de 90 UF. Les modalités de calcul de la gratification (article 50 du Code du travail) ne sont pas détaillées ici ; elles se vérifient auprès de la Dirección del Trabajo.
Les remboursements de frais, la collation et la mobilisation (indemnités de repas et de transport) suivent des règles propres : leur traitement dans la base de cotisation et dans la base de l’impôt doit être demandé à l’employeur ou à la Dirección del Trabajo avant de les inclure dans un calcul de net.
Choisir son AFP ou son régime de santé
Le choix d’une AFP à commission réduite améliore le net d’un point environ sur la fourchette 0,69 % à 1,45 % : pour 2 000 000 CLP de rémunération imposable, passer de 1,45 % à 0,69 % économise 15 200 CLP par mois. Le choix entre Fonasa et une Isapre ne modifie pas le taux minimal de 7 %, mais une Isapre peut exiger un complément si le plan choisi coûte plus cher.
Questions fréquentes
Quel est le salaire minimum au Chili en 2026 ?
553 553 pesos par mois pour les travailleurs de 18 à 65 ans depuis le 1er mai 2026, selon la loi 21.830 publiée le 22 juin 2026. Les moins de 18 ans et plus de 65 ans perçoivent 412 938 pesos. Un ajustement lié à l’inflation est prévu au 1er janvier 2027.
Quelles cotisations le salarié chilien paie-t-il ?
10 % pour la retraite, une commission d’AFP (de 0,69 % à 1,45 % selon la fiche de la Superintendencia de Pensiones), 7 % pour la santé et 0,6 % pour l’assurance chômage en CDI. La cotisation supplémentaire de la réforme de 2025 est à la charge de l’employeur.
Quel est le plafond de cotisation en 2026 ?
90,0 UF par mois pour la retraite, la santé et les accidents du travail, et 135,2 UF pour l’assurance chômage, selon l’annonce de la Superintendencia de Pensiones du 10 février 2026. La conversion en pesos dépend de la valeur de l’UF.
À partir de quel revenu paie-t-on l’impôt de deuxième catégorie ?
Dans la table publiée par le SII pour novembre 2026, l’impôt est nul jusqu’à 977 940 pesos de revenu mensuel net de cotisations. Au-delà, le facteur est de 4 % avec une somme à déduire de 39 117,60 pesos.
Existe-t-il un treizième mois ?
Aucune règle générale ne l’impose dans les sources consultées. Les salariés perçoivent éventuellement une gratification légale ou conventionnelle ; elle suit le régime de la rémunération imposable.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- Superintendencia de Pensiones — Cotización previsional obligatoriaDétaille la cotisation de 10 %, le plafond en UF, le taux SIS et la cotisation employeur de la réforme de 2025.
- Servicio de Impuestos Internos — Impuesto Único de Segunda Categoría 2026Publie les tables mensuelles de l’impôt unique avec tranches, facteurs et sommes à déduire.
- Diario Oficial — Ley 21.830 sur l’ingreso mínimo mensualTexte officiel qui fixe le revenu minimum mensuel à 553 553 pesos depuis le 1er mai 2026.
