Pourquoi le net turc varie de mois en mois
La particularité du système turc tient en un mot : kümülatif. L'impôt sur les salaires est calculé sur l'ensemble de la base imposable depuis janvier, puis on retranche l'impôt déjà retenu les mois précédents. En début d'année, tout le revenu se situe dans la première tranche à 15 % ; plus l'année avance, plus le cumul franchit les seuils de 20 %, 27 %, 35 % ou 40 %, et plus le net mensuel baisse. Un salarié qui touche exactement le même brut en janvier et en octobre voit donc un virement différent, ce qui surprend souvent les expatriés.
Le calcul se fait en lires turques (TRY), dans un contexte de forte inflation qui conduit à des revalorisations fréquentes du salaire minimum et à une actualisation annuelle des seuils d'imposition. Tous les chiffres ci-dessous sont ceux de 2026 ; ils peuvent être révisés en cours d'année, ce qui impose de les confirmer auprès de l'administration fiscale (GİB) ou de la sécurité sociale (SGK).
Les retenues sociales : SGK 14 % et chômage 1 %
Le salarié supporte deux cotisations calculées sur le brut, dans la limite d'un plafond :
| Retenue | Taux salarié | Taux employeur |
|---|---|---|
| SGK (retraite, invalidité, maladie) | 14 % | 21,75 % |
| Assurance chômage | 1 % | 2 % |
| Total | 15 % | 23,75 % |
Le plafond de la base de cotisation (prime esas kazanç tavanı) est de 297 270 lires par mois en 2026, soit neuf fois le salaire minimum brut. D'après la fiche du CLEISS, le régime est géré par un organisme unique, la SGK (Sosyal Güvenlik Kurumu), placée sous l'autorité du ministère du Travail, qui a fusionné les anciennes caisses des salariés, des indépendants et des fonctionnaires ; l'assurance chômage des salariés est indemnisée par l'İŞKUR mais collectée par la SGK. Une assurance santé universelle (GSS) couvre en outre tous les résidents.
Le barème progressif de l'impôt sur le revenu
Pour les salariés, les tranches s'appliquent à la base imposable cumulée de l'année, c'est-à-dire au brut moins les cotisations SGK et chômage :
| Base imposable cumulée | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 190 000 TRY | 15 % |
| De 190 001 à 400 000 TRY | 20 % |
| De 400 001 à 1 500 000 TRY | 27 % |
| De 1 500 001 à 5 300 000 TRY | 35 % |
| Au-delà de 5 300 000 TRY | 40 % |
La troisième tranche est bornée à 1 500 000 lires pour les salariés, alors qu'une valeur différente peut s'appliquer aux revenus d'entrepreneurs : le seuil pertinent est celui du barème des ücretler. Le tableau est issu d'un calculateur tiers à confirmer avec le barème publié par l'administration fiscale avant toute décision.
Le droit de timbre (damga vergisi)
Un droit de timbre de 0,759 % (binde 7,59) est calculé sur le brut et retenu sur la fiche de paie. Il n'est pas déductible de l'impôt ; il s'ajoute donc aux deux autres prélèvements. Sur un brut de 60 000 lires, il représente 455,40 lires.
Le droit de timbre est indépendant de la progressivité : il ne varie pas d'un mois à l'autre pour un brut identique, à la différence de l'impôt sur le revenu. C'est la raison pour laquelle l'écart entre deux fiches du même salarié provient presque entièrement du cumul fiscal.
L'exonération du salaire minimum : le net garanti de 28 075,50 lires
Depuis 2022, la part du salaire correspondant au salaire minimum brut est exonérée d'impôt sur le revenu et de droit de timbre. En 2026, le minimum brut est de 33 030 lires. Le calcul du net minimum se vérifie facilement :
| Ligne | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Brut | 33 030,00 TRY | |
| SGK 14 % + chômage 1 % | 33 030 × 15 % | 4 954,50 TRY |
| Net à payer, sans impôt ni timbre | 33 030 − 4 954,50 | 28 075,50 TRY |
L'exonération représente 4 211 lires d'impôt sur le revenu (15 % de la base de 28 075,50) et 250 lires de droit de timbre par mois. Le salarié au minimum reçoit donc le même net toute l'année, alors que son cumul franchit des tranches. Pour un salarié mieux payé, l'exonération vient en déduction de la retenue calculée sur la totalité du brut.
Exemple : un brut de 60 000 lires en janvier
Pour un premier mois d'année, avec 60 000 lires de brut :
- SGK : 60 000 × 14 % = 8 400 lires ; chômage : 60 000 × 1 % = 600 lires. Total 9 000.
- Base imposable : 60 000 − 9 000 = 51 000 lires, imposée à 15 % : 7 650 lires.
- Droit de timbre : 60 000 × 0,759 % = 455,40 lires.
- Exonération du minimum : environ 4 211 lires d'impôt et 250 lires de timbre, soit 4 462 lires.
- Net : 60 000 − 9 000 − 7 650 − 455,40 + 4 462 ≈ 47 357 lires.
Le cumul de la base atteint 102 000 lires en février, 153 000 en mars, puis 204 000 en avril : à ce moment, 14 000 lires sont imposées à 20 % au lieu de 15 %, et l'impôt avant exonération passe de 7 650 à 8 350 lires. Le net d'avril est donc plus faible d'environ 700 lires que celui de janvier. L'exonération du minimum est elle-même recalculée par l'employeur au fil des tranches ; les mois suivants doivent être lus sur la fiche de paie.
Coût pour l'employeur, treizième mois et indemnités
Pour l'employeur, le brut de 60 000 lires est majoré de 21,75 % de SGK et de 2 % de chômage, soit 14 250 lires, ce qui porte le coût mensuel à 74 250 lires avant d'éventuels allègements de cotisations. Ce taux dépend de l'activité de l'entreprise (certains secteurs bénéficient de réductions) et doit être confirmé avec la SGK.
Il n'existe pas de treizième mois légal en Türkiye. Les primes (ikramiye) versées en cours d'année ou à la fin de l'exercice entrent dans la base cumulée et sont taxées comme du salaire. En revanche, le droit turc prévoit une indemnité de fin de contrat, l'indemnité d'ancienneté (kıdem tazminatı), versée aux salariés licenciés ou démissionnaires pour motif légitime après un an de service ; son calcul exact relève du ministère du Travail et des tribunaux, et ne doit pas être déduit de cette page.
Contrôler son bulletin de paie turc
Le bulletin de paie (bordro) détaille le brut, les retenues SGK et chômage, la base imposable du mois, la base imposable cumulée, l'impôt calculé, l'exonération du minimum, le droit de timbre et le net. Pour vérifier la ligne d'impôt, il suffit de multiplier la tranche active du cumul par le taux correspondant et de soustraire l'impôt cumulé des mois précédents.
Deux points méritent d'être vérifiés. D'abord, le changement d'employeur en cours d'année : le cumul est alors reporté ou repart de zéro selon que le nouvel employeur reçoit ou non les données de l'ancien, ce qui modifie le net. Ensuite, le paiement du salaire minimum : en cas de revalorisation en cours d'année, les montants d'exonération sont ajustés. Les calculs en ligne, y compris les simulateurs cités en lien, ne remplacent pas le bordro de l'employeur.
Questions fréquentes
Quel est le salaire minimum turc en 2026 ?
33 030 lires brutes par mois, soit 28 075,50 lires nettes d'après le calculateur consulté, après 14 % de SGK et 1 % de chômage, sans impôt ni droit de timbre.
Quelles cotisations le salarié paie-t-il en Türkiye ?
14 % pour la SGK et 1 % pour l'assurance chômage, dans la limite d'un plafond de 297 270 lires de base par mois en 2026.
Pourquoi mon net baisse-t-il alors que mon brut est identique ?
Parce que l'impôt est cumulatif : quand la base de l'année dépasse 190 000, puis 400 000 lires, les tranches à 20 % et 27 % s'appliquent et la retenue mensuelle augmente.
Qu'est-ce que le droit de timbre sur le salaire ?
Un prélèvement de 0,759 % du brut, indépendant de l'impôt sur le revenu, dont la part correspondant au salaire minimum est exonérée.
Existe-t-il un treizième mois obligatoire en Türkiye ?
Non. Les primes de fin d'année dépendent du contrat ou de la convention de l'entreprise et sont taxées comme le reste du salaire.
Quel organisme gère la sécurité sociale turque ?
La SGK, Sosyal Güvenlik Kurumu, placée sous l'autorité du ministère du Travail ; l'assurance chômage est versée par l'İŞKUR.
Pour aller plus loin : organismes et ressources
- CLEISS — Le régime turc de sécurité socialeDécrit les branches couvertes, la SGK et l'assurance santé universelle pour les expatriés.
- Hemenhesap — Calculateur de salaire 2026Calculateur mensuel brut-net avec barème cumulatif, timbre et exonération du minimum.
- Ayboğa Hukuk — Outil de conversion net vers brutPermet de remonter du net au brut selon les paramètres de l'année.
